Le mois dernier, Larry Fink nous expliquait que la puissance de calcul allait devenir une nouvelle classe d’actifs.
À peine sept jours plus tard, le CME, l’un des plus grands marchés de dérivés au monde, annonçait le lancement du premier marché à terme sur le compute. Encore sept jours de plus, et c’était au tour de l’ICE, propriétaire du New York Stock Exchange, de préparer ses propres contrats futures sur la puissance de calcul.
Voilà ce à quoi nous assistons : La naissance d'une nouvelle classe d’actifs.
Cela arrive une fois tous les 40 ou 50 ans. Une fois dans une carrière au maximum et notre génération en voit deux en moins de 20 ans : Bitcoin, et la puissance de calcul.
Petit aveu, dans la liste des GPU éligibles comme référence publiée par l’ICE, on retrouve les RTX 5090 de Nvidia. C’est exactement ce qui équipe nos PoliCloud chez Antimatter💪.
Donc oui, je suis biaisé, et je vis ça de l’intérieur avec nos équipes, avec beaucoup d’excitation.
Pourquoi c’est énorme ?
Parce qu’à chaque fois qu’une ressource stratégique passe du statut de dépense d’exploitation à celui de sous-jacent négociable, la même histoire se répète.
Le pétrole l’a vécu en 1983.
Avant, pour s’exposer au baril, il fallait acheter des actions Exxon, qui n’étaient qu’un proxy imparfait, le baril lui-même restait inaccessible. Le jour où le NYMEX lance le future sur le WTI, les choses ont radicalement changé.
Les producteurs peuvent verrouiller leurs revenus futurs, leur coût du capital devient plus lisible, et n’importe qui peut désormais s’exposer au pétrole.
Et, à mon sens, c’est exactement ce qu’il va se passer avec la puissance de calcul. CoreWeave a déjà décroché 8,5 milliards de financement adossés à ses GPU et à des revenus déjà contractualisés, mais il faut convaincre, dossier par dossier, et surtout, CoreWeave est un acteur iconique du secteur, donc c’est bien plus accessible pour lui que pour tous les compétiteurs.
Mais demain, avec un marché liquide, ça devient réplicable pour toute l’industrie, le banquier ne finance plus une promesse commerciale mais un actif dont le prix futur devient observable et qui peut être couvert.
Et c’est à mon sens aussi ce qui pourrait contribuer à débloquer les trillions d’allocation institutionnelle dont l’IA a besoin. Goldman, pour ne citer qu’eux, parle de 7 600 milliards de capex d’ici 2031.
Et soyons un peu taquins.
Quand Fink annonce la naissance de cette classe d’actifs, BlackRock a déjà des dizaines de milliards d’exposition dessus, via le rachat d’Aligned Data Centers autour de 40 milliards. Donc il ne prédit pas un futur, il revalorise son propre inventaire, et le rend investissable pour aspirer le capital qui n’a pas encore mis un pied dans le secteur.
Pour les plus anciens, on pourrait se dire que ça a aussi un arrière-goût de déjà-vu, et qui ne s’était pas très bien terminé. Enron avait lancé un marché à terme sur la bande passante télécom à la fin des années 90, même narratif, et ça s’est fini dans le sang et les larmes.
Sauf que cette fois, la standardisation du sous-jacent et les chambres de compensation, ce qui manquait justement, sont en train d’être réunies.
Bref, tout tend à croire que dans le monde qui se présente à nous, content ou pas content, le sommet du capitalisme ne se définit plus par la possession du dollar, mais par la capacité à disposer de puissance de calcul.
Je dois vous dire que c’est l’un des sujets qui m’obsèdent le plus en ce moment, et je vous livre les détails de ma lecture de la situation dans cette vidéo.