À quelques semaines de devenir le premier homme à mille milliards de dollars, Elon Musk a fait deux choses pour le moins étranges.
Il a dissous xAI. Oui, la boîte montée en 2023 pour écraser OpenAI. Disparue, avalée par SpaceX. Et le même jour, il a tendu son supercalculateur, Colossus, plus de 220 000 GPU, à Anthropic, le rival.
Alors soit Musk a perdu la tête, soit ce qui ressemble à un sabordage est l'un des coups les plus malins de sa carrière. Et, à mon sens, je suis plus tenté par la deuxième option.
Sur l’IA, et plus précisément sur la course aux LLM, Musk a pris une taule. Les revenus de xAI sont 14 à 18 fois inférieurs à ceux d’Anthropic, et sur le terrain qui rapporte vraiment, à savoir le code, là où partent plus de la moitié des dépenses IA des entreprises, Grok n'est nulle part quand Claude est en tête de classement.
Ajoutez à ça une équipe xAI qui se dissout elle aussi, un taux de conversion vers le payant catastrophique, et vous comprenez que continuer seul sur cette voie relève plus de la folie que du génie. Musk a d’ailleurs lui-même reconnu que xAI a été “mal construite”.
Face à ça, un fondateur classique remet une pièce, ou il arrête. Musk fait autrement : il arrête de jouer à la table pour acheter le casino.
Il loue Colossus à Anthropic, 1,25 milliard par mois, puis même chose avec Google. Au total, 26 milliards de loyer annuel. Et il prend une option sur Cursor, l'un des leaders du code IA, qu'il rachètera en actions SpaceX, ou qu'il laissera filer contre 10 milliards payés en majorité... en puissance de calcul. Donc avec ce qu'il est en train d'industrialiser.
Grok n’est plus LE pari, c'est devenu un jeton de réserve. Il ne parie plus sur le fait que Grok gagne, il parie sur une seule chose : quel que soit le vainqueur, il en possédera un morceau.
Mais tout ça, aussi intéressant soit-il, ce n’est “que” la surface. Il se passe quelque chose en dessous. Le compute, ça se loue, ça s'achète, ça se fabrique, il monte d'ailleurs sa propre usine de puces au Texas.
Sauf qu'une puce, ça ne tourne pas tout seul, il lui faut du courant. Et le courant, vous ne l'imprimez pas. Croyez-moi, quand on opère des data centers, on sait à quel point un raccordement peut coincer des années.
D’ailleurs, petite parenthèse là-dessus, et on sera amené à en reparler, mais les problèmes américains, à savoir un réseau électrique vieillissant, saturé et sous-investi, c’est un problème que les Chinois n’ont pas, notamment grâce à un déploiement solaire massif, plus rapide et moins cher.
Bref, ce n’est pas le sujet, mais ça cristallise tout de même une bonne partie de la tension autour de ces enjeux.
Or l'électricité, le métal, l'infrastructure, et bientôt l'orbite, c'est précisément ce que personne ne sort d'un claquement de doigts. Et c'est, comme par hasard, un terrain où Musk a souvent eu l’avantage.
Tesla, ce n'est pas la voiture électrique, c'est l'usine et la batterie. SpaceX, ce n'est pas la fusée, c'est la réutilisation. Toujours le même schéma : laisser les autres rêver le produit, et posséder la machinerie que personne d'autre n'ose bâtir.
Donc en réalité, ce qui pourrait ressembler à sa "nouvelle stratégie IA", ce n'est pas une révolution, c'est plus un retour aux sources qu’autre chose.
Et une fois qu’on a dit ça, ça ne vous étonnera pas d’apprendre que les prochains gros sujets sur la table, au-delà des data centers dans l’espace bien sûr, c’est l’hypothétique fusion entre Tesla et SpaceX AI qui pourrait donner naissance à un seul groupe valorisé à plus de 3 000 milliards de dollars.