RDC: PLUS DE CENT MILLIONS D’HABITANTS, PLUS DE CENT MILLIONS D’ORDRES DU JOUR ET DE POINTS DE VUE
La population congolaise est estimée actuellement à plus de cent millions d’habitants. La RDC, cette vaste étendue territoriale, est ravagée par plusieurs maux ou problèmes: pauvreté persistante, corruption généralisée, guerre, insécurité grandissante, chômage à grande échelle, accès insuffisant aux services sociaux de base, etc.
Dans ce pays où la classe dirigeante s’accapare de l’essentiel des ressources publiques, il n’est pas aisé de réfléchir sereinement à l’avenir ni de planifier stratégiquement le développement du pays. Il est même difficile de rendre le présent simplement vivable. Une grande partie de l’énergie collective est absorbée par les urgences du quotidien.
Dirigeants et dirigés sont soit complices de la situation, soit concentrés diamétralement sur des priorités différentes. L’enrichissement illicite est prioritaire pour les premiers et la difficile question de survie préoccupe les esprits des seconds. Entre la quête de rentes et celle du pain quotidien, la réflexion sur le bien commun peine à trouver sa place.
Ainsi, bien entendu, qui dit plus de cent millions d’habitants, dit plus de cent millions d’ordres du jour, plus de cent millions de points de vue. Dans ces conditions, pouvoir prendre du recul et se mettre sérieusement à réfléchir aux enjeux de court et long terme pour le pays est un luxe relativement rare. Une mère veuve sans emploi qui se bat pour élever ses enfants au village ou en ville ne pense qu’à leur prochain repas; les nombreux chômeurs désespérés de trouver du travail par leurs propres efforts ne trouvent mieux que de se tourner vers les réseaux de clientèle politique; un politicien aux affaires s’inquiète parfois davantage de préserver sa position que de préparer l’avenir, le fonctionnaire aux avantages politiquement ou illogiquement acquis redoute toute réforme ou tout changement susceptible de remettre en cause ses privilèges, etc. Certains ont donc des problèmes autrement plus urgents à régler, d’autres ont des privilèges importants à conserver. D’autres encore, lassés par les déceptions successives, choisissent de se retirer du débat public ou de l’action collective. Chacun agit en fonction de ses contraintes, de ses intérêts, de ses peurs ou de ses espoirs. Cependant, lorsque les urgences individuelles prennent constamment le dessus sur les objectifs collectifs, la société peine à construire et à réaliser un projet commun.
C’est peut-être là l’un des plus grands défis de la RDC: parvenir à transformer une multitude d’agendas individuels en une vision nationale partagée. Le développement d’une nation ne repose pas uniquement sur l’abondance de ses ressources ou sur le nombre de ses habitants. Il dépend aussi de la capacité de ses citoyens et de ses dirigeants à se reconnaître un destin commun et à consentir aux efforts nécessaires pour le construire.
Dans un tel contexte, sortir du désastre n’est pas impossible, mais cela exige d’amorcer un virage radical: changer de paradigme, de méthode et de perception de la chose publique. Cela suppose la reconstruction progressive de la confiance, du sens de l’intérêt général et d’une vision capable de transcender les urgences du moment.
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