Vous possédez un ETF MSCI World et vous pensez être diversifié. C'est l'une des croyances les plus répandues chez les investisseurs particuliers, et l'une des plus trompeuses.
Au 30 avril 2026, les actions américaines représentent près de 72% de l'indice. Le Japon, deuxième pays, pèse moins de 6%. La France est à peine à 2,5%. Derrière le label « mondial », on trouve surtout un pari massif sur une poignée de géants technologiques américains, dont le poids individuel dépasse souvent celui de pays entiers.
Pendant cinq ans, cette concentration a été gagnante. Les valeurs US, portées par la tech, ont écrasé le reste du monde, au point que beaucoup ont fini par enterrer les petites valeurs européennes. Inutile de chercher ailleurs, suffit d'acheter du World et d'attendre. Mais une surperformance prolongée n'est pas une loi physique. L'élastique était tendu à l'extrême.
C'est à ce moment-là qu'il a lâché. Depuis début 2025, le CAC Small fait près de 50% de mieux que le SBF 120. Et sur les premiers mois de 2026, pendant que le CAC 40 fait du surplace, les indices Mid & Small grimpent de 9 à 10%. Le récit « les smalls, c'est fini » s'est inversé en quelques trimestres.
Mais la moyenne cache l'essentiel. Le vrai spectacle est dans les lignes individuelles. 2CRSI, une boîte strasbourgeoise qui assemblait des serveurs Nvidia pour les revendre, a fait 800% en un an. Elle pesait moins de 200 millions de chiffre d'affaires l'an dernier ; elle vise désormais le milliard pour 2027. Soitech, laissée pour morte après avoir perdu les trois quarts de sa valeur en 2025, a été multipliée par sept sur la thématique de la photonique. Abivax, une biotech, a fait 1700% sur un seul semestre après une phase 3 réussie. Excel Technologies, spécialiste des drones sous-marins, a fait fois six.
Ce ne sont pas des coups de chance isolés. Derrière, il y a des courants de fond durables : le réarmement mondial sur la défense, des pipelines biotech qui arrivent enfin à maturité après quinze ans de R&D, et l'explosion des besoins en data centers. Sur ce dernier point, les géants américains prévoient 600 milliards de dollars d'investissements cette année, contre 200 il y a deux ans, et peut-être 800 l'an prochain. Une partie de ce ruissellement atterrit chez des fournisseurs européens de second rang, précisément ceux que personne ne regardait.
C'est là que le réflexe ETF se retourne contre vous. Excellent pour capturer un marché large à bas coût, il devient l'inverse de ce qu'il faut sur les petites valeurs. À chaque rebalancement, il éjecte mécaniquement les gagnants, qui montent vers les indices supérieurs, et conserve les déçus restés en bas de cote. Vous détenez donc, par construction, les valeurs qui ont sous-performé plutôt que celles qui décollent.
Ce qui ne veut pas dire qu'il suffit d'acheter n'importe quelle small pour s'enrichir. Sur la même période, SMCP perd 20%, Maisons du Monde près de 75%, Euroapi plus d'un tiers. La dispersion entre gagnants et perdants est énorme, et c'est exactement ce qui rend le tri décisif. Un bon portefeuille n'est pas celui qui aligne le plus de lignes mais bien celui dont chaque exposition apporte quelque chose que les autres n'apportent pas.
Le vrai sujet n'est donc pas « faut-il vendre son World ». L'indice large reste une base solide pour beaucoup de portefeuilles. La vraie question est plus inconfortable : combien de ces histoires êtes-vous en train de regarder passer, simplement parce que votre allocation, pensée pour la tranquillité, ne vous expose à aucune d'elles ?
Dans l'épisode #59 d'Allô La Martingale,
@PierreSCHANG (La Financière de l'Échiquier) et
@Loris_Dalleau (Bourseko) décryptent ce changement de régime, les valeurs qui tirent vraiment la performance, et pourquoi l'ETF n'est pas le bon véhicule pour les capter.
Épisode complet ici :
youtu.be/7jF0tAK1Dm4?si=0maF…