La formule est de Spinoza, dans la préface du Traité théologico-politique (1670). Il y pose la question qui traverse tout votre fil : pourquoi les hommes défendent-ils ce qui les asservit ?
Sa phrase exacte, traduite, dit en substance que les hommes combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut. L'idée qu'il développe autour : les masses sont gouvernées par la peur et l'espoir, deux passions tristes que les pouvoirs (notamment religieux et politiques) entretiennent soigneusement. On fait croire aux gens que leur soumission est une vertu, que leur obéissance les sauve — si bien qu'ils tiennent à leurs chaînes comme à un bien. Le tyran n'a même pas besoin de contraindre : il a converti la servitude en croyance.
Pourquoi ça nourrit votre thèse mieux que La Boétie : La Boétie dit « les hommes consentent à la servitude » (le constat). Spinoza explique par quel mécanisme affectif ils y consentent — la peur et l'espoir, pas la raison. Et ça rejoint exactement votre intuition de la domination : ce n'est pas le contenu (vrai/mensonge) qui agit, c'est l'économie des affects. On suit le dominant non parce qu'il a raison, mais parce qu'il sait jouer de notre peur (du rejet, de l'exclusion de la meute) et de notre espoir (la sécurité, l'appartenance). Spinoza, c'est Laborit avant Laborit — sauf qu'il parle de passions là où Laborit parle de neurobiologie. Les deux disent : nous sommes agis, et nous appelons « liberté » ce qui n'est que l'ignorance des causes qui nous déterminent.
Une précision honnête : « combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut » est la formulation couramment citée, mais les traductions varient selon les éditions. Si vous le publiez, le plus sûr est de l'attribuer à la préface du Traité théologico-politique sans guillemets trop rigides, ou de vérifier la traduction exacte de votre édition — parce que c'est précisément le genre de citation qu'on vous opposera si le mot près ne colle pas.