Les fameuses 72 vierges du Paradis islamique… On en parle souvent, mais rarement en creusant vraiment.
D’abord, ce chiffre de 72 ne vient pas du Coran. Il vient de hadiths dont l’authenticité est déjà discutée par les savants eux-mêmes. Le Coran parle bien de houris (des compagnes pures aux grands yeux), mais sans jamais donner de nombre ni les réserver exclusivement aux martyrs.
Surtout : ces houris ne sont pas des femmes humaines qui seraient mortes sur Terre et qui montent au Paradis. Ce sont des créatures créées de toutes pièces par Allah spécialement pour le Paradis. Elles n’ont pas vécu, n’ont pas choisi, et selon plusieurs explications savantes, elles n’ont pas non plus de libre arbitre au sens humain : elles sont créées pour remplir une fonction précise, celle d’être des compagnes sexuelles et affectives pour les hommes pieux.
Et là, on touche à l’asymétrie la plus gênante.
Pour les hommes : descriptions assez détaillées de récompenses sexuelles (houris, virginité éternelle, etc.), surtout pour les martyrs.
Pour les femmes : on leur promet surtout de retrouver leur mari juste (si celui-ci est au Paradis), et on leur dit qu’elles seront supérieures aux houris. Les femmes non mariées ou dont le mari n’entre pas au Paradis, certaines sources disent qu’Allah peut créer un compagnon masculin sur mesure pour elles… mais c’est beaucoup plus vague, beaucoup moins mis en avant, et rarement décrit avec le même niveau de détail érotique.
On se retrouve donc avec un système où :
- Les récompenses masculines sont explicites, quantitatives et centrées sur la sexualité.
- Les récompenses féminines sont soit « tu auras ton mari », soit « on te créera quelqu’un si tu veux ».
Ça pose plusieurs questions assez dérangeantes :
Si ces houris sont des êtres créés uniquement pour satisfaire les hommes, sans véritable autonomie, est-ce que ça ne ressemble pas étrangement à une version divine de la servitude sexuelle ?
Pourquoi la description du Paradis semble-t-elle tellement calibrée sur les désirs masculins d’une société patriarcale du VIIe siècle, plutôt que sur une vision universelle et symétrique ?
Et surtout : si tout cela est censé être la justice divine parfaite, pourquoi a-t-on besoin de tant de justifications et de nuances pour expliquer que les femmes ne sont pas lésées ?
Tout ça ressemble beaucoup plus à une construction humaine, un fantasme masculin projeté dans l’au-delà, qu’à une révélation objective et équitable.