Depuis que les États-Unis ont décidé de réserver l'accès aux IA les plus puissantes à leurs seuls ressortissants, beaucoup découvrent soudainement notre dépendance technologique.
Pourtant, ce n'est pas la 1ère fois que l'Europe est confrontée à ce problème. À la fin des années 1990, nous dépendions entièrement du GPS américain pour nous repérer, faire voler nos avions, guider nos navires ou synchroniser une partie de nos infrastructures critiques.
À Washington, certains rappelaient alors avec gourmandise que le GPS était un système militaire américain, et qu'il pourrait, en cas de crise, être dégradé ou restreint pour les Européens.
Face à cette réalité, l'Europe a agi. Mais elle n'a pas légiféré pour encadrer le GPS comme elle le ferait aujourd'hui. Elle n'a pas organisé un grand débat moral sur la dépendance technologique. Elle a décidé de construire sa propre infrastructure : Galileo.
La décision a été prise en 1999. Les premiers services opérationnels ont été ouverts au public en 2016.
17 ans, donc. 17 ans d'investissements, de polémiques, de retards, de changements de gouvernements et de majorités politiques.
Aujourd'hui, des centaines de millions d'Européens utilisent Galileo sans même le savoir. Chaque jour, nos smartphones combinent leurs signaux avec ceux du GPS américain. Nous sommes souverains.
La grande leçon de Galileo n'est pas la technologie, mais le temps long.
En 1999, des responsables politiques européens ont pris une décision dont ils savaient qu'ils ne récolteraient probablement jamais eux-mêmes les bénéfices. Ils ont pourtant agi. Parce qu'ils regardaient plus loin que la prochaine polémique, le prochain sondage ou la prochaine échéance électorale.
Voilà ce qu'est une vision politique : construire aujourd'hui ce dont la nation aura besoin dans 20 ans. Préparer un avenir que l'on ne verra peut-être jamais soi-même.
Au moment où l'IA, la robotique, l'énergie et les technologies de rupture redessinent le monde à une vitesse inédite, c'est précisément cette capacité à penser loin qui fait le plus défaut à la France et à l'Europe.
Nous avons besoin de moins de gestionnaires du présent, et de davantage de bâtisseurs d'avenir.