💊 Huckabee ou le syndrome du vassal reconnaissant
Par
@BPartisans
Mike Huckabee vient probablement de réaliser l'une des plus belles performances de soumission politique de l'histoire contemporaine.
Selon l'ambassadeur américain en Israël, « sans Israël et sans la fondation juive, il n'y aurait pas d'Amérique ». Les États-Unis devraient même leur existence à Israël.
À ce niveau-là, ce n'est plus une déclaration diplomatique. C'est une séance publique de prosternation.
Car enfin, les États-Unis naissent en 1776. Israël est créé en 1948.
Il fallait donc oser expliquer que l'enfant a donné naissance à son arrière-grand-père.
George Washington doit actuellement effectuer des rotations à très haute vitesse dans sa tombe.
Mais Huckabee n'est pas à une absurdité historique près. Son problème n'est pas qu'il ignore l'histoire. Son problème est qu'il semble considérer que l'histoire doit s'adapter à la propagande du moment.
Rappelons donc quelques détails que les courtisans de Washington oublient systématiquement.
Israël n'est pas tombé du ciel dans un rayon divin. L'État moderne d'Israël est le produit d'une décision géopolitique britannique. La Déclaration Balfour de 1917, le mandat britannique sur la Palestine et la résolution 181 de l'ONU en 1947 constituent les véritables actes de naissance du futur État.
Entre-temps, certains groupes sionistes ont mené une campagne armée contre leur propre parrain britannique.
L'Irgoun fait exploser l'hôtel King David en 1946, causant 91 morts. Le groupe Stern assassine Lord Moyne en 1944. Les autorités britanniques qualifient alors ces organisations de terroristes.
L'ironie est délicieuse : plusieurs dirigeants de ces mouvements deviendront ensuite des héros nationaux et des responsables politiques israéliens.
Encore plus embarrassant, le Lehi, connu sous le nom de groupe Stern, tenta même d'établir des contacts avec l'Allemagne nazie afin d'obtenir un soutien contre le Royaume-Uni. Les archives existent. Elles sont publiques. Mais elles disparaissent miraculeusement chaque fois que les gardiens de la mémoire sélective prennent la parole.
Ainsi donc, selon Huckabee, les États-Unis devraient leur existence à un État qui n'existait pas encore lorsqu'ils ont été fondés, et dont certains futurs dirigeants menaient des opérations armées contre les Britanniques qui administraient alors la Palestine.
Voilà une logique historique qui ferait passer un scénario de Marvel pour une thèse universitaire.
Mais le plus fascinant n'est pas l'ignorance historique. Le plus fascinant est la psychologie politique derrière cette déclaration.
Comment la plus grande puissance militaire du monde peut-elle produire des responsables qui parlent comme les représentants d'un protectorat ?
Les États-Unis disposent du plus gros budget militaire de la planète. Ils contrôlent la principale monnaie de réserve mondiale. Ils possèdent des centaines de bases militaires réparties sur plusieurs continents.
Et pourtant certains de leurs dirigeants parlent d'Israël comme un sujet féodal parlerait de son seigneur.
L'Empire romain exigeait au moins que ses provinces lui paient un tribut.
Washington, lui, finance son allié, lui fournit des armes, lui offre une protection diplomatique permanente au Conseil de sécurité, puis remercie humblement son bénéficiaire de lui avoir donné naissance.
On ne sait plus très bien s'il s'agit d'une alliance ou d'une relation thérapeutique où l'un des deux partenaires souffre d'un grave problème de dépendance affective.
La véritable question n'est donc pas de savoir pourquoi Huckabee raconte de telles absurdités.
La véritable question est de comprendre comment une superpuissance capable d'envoyer des porte-avions à l'autre bout du monde en est arrivée à chercher l'approbation d'une puissance régionale comme un adolescent cherche des « likes » sur les réseaux sociaux.
Les empires ne s'effondrent pas toujours sous les coups de leurs ennemis.
Parfois, ils commencent simplement par oublier qui commande.
Et lorsqu'un ambassadeur américain affirme publiquement que l'Amérique doit son existence à Israël, ce n'est plus Israël qui paraît dépendre de Washington.
C'est Washington qui donne l'impression d'avoir été annexé mentalement par Tel-Aviv.