Depuis avril, My-EDIT-B, le premier test sanguin de la bipolarité inventé par la startup 🇫🇷 Alcediag, qui distingue la dépression des troubles bipolaires avec une précision d'environ 80 %, sans attendre 7 à 10 ans pour le diagnostic, est disponible en France.
Quelque 1,6 million de personnes souffriraient de trouble bipolaire en France (2,5 % de la population), une pathologie qui survient entre 15 et 25 ans. Mais le retard au diagnostic serait de 7 à 10 ans. Distinguer au plus vite les troubles bipolaires de la dépression (dite unipolaire) est pourtant capital pour adapter les traitements. « Un patient bipolaire sera sous thymorégulateurs ; des antidépresseurs peuvent y être associés, mais la base reste les stabilisateurs de l’humeur. Un patient avec des troubles dépressifs aura plutôt des antidépresseurs au long cours. Le problème, en cas d’erreur diagnostique : les antidépresseurs au long cours sans thymorégulateur peuvent aggraver la pathologie bipolaire », explique au Quotidien la Pr Chantal Henry, psychiatre au GHU Paris psychiatrie et neurosciences et directrice scientifique de la Fondation Pierre Deniker. Les antidépresseurs peuvent provoquer chez des patients bipolaires sans thymorégulateur un virage de l’humeur, une mauvaise réponse aux antidépresseurs, ou encore une aggravation de la symptomatologie dépressive.
Le diagnostic est actuellement fondé sur un entretien clinique et l’observation des comportements, sans confirmation par des biomarqueurs ou examens complémentaires. L'idéal serait de réussir à distinguer sans ambiguïté ces deux pathologies psychiatriques, grâce à la médecine de précision, c'est en tout cas le pari de la société 🇫🇷 Alcediag, qui lance le test myEdit-B en France, basé sur la technologie ARN. Ses chercheurs sont partis de l’idée selon laquelle le cerveau est un organe comme un autre. « Quand le cœur ou le rein dysfonctionne, il émet dans le sang des signaux spécifiques de la maladie, explique Alexandra Prieux, présidente d’Alcediag. Il en est de même avec le cerveau. » Ces signaux, ou biomarqueurs, peuvent alors être captés par un test sanguin.
Pendant dix ans, la société a réalisé des études afin de trouver les éléments différenciants entre les patients atteints de dépression et ceux atteints de trouble bipolaire. Pour ce faire, ils ont creusé du côté de l’ARN et d’un mécanisme précis : l’édition d’ARN. « Ce mécanisme physiologique arrive de façon normale chez tout le monde mais est altéré par certaines pathologies, comme les maladies psychiatriques ».
Techniquement, le test myEDIT-B mesure les modifications d’édition d’ARN de marqueurs spécifiques dans le sang des patients. Sinlab utilise la technologie de pointe du séquençage de nouvelle génération (NGS), avec un algorithme développé par Alcediag. Ces techniques d’apprentissage statistiques, connues sous le nom de « machine learning », ont ainsi permis de sélectionner spécifiquement 8 séquences d’ARN sur lesquelles analyser l’édition d’ARN sur plusieurs milliers édités afin d’obtenir une signature différentielle des dépressions unipolaires et bipolaires. L’algorithme myEDIT-B prend aussi en compte des données multifactorielles : l’âge, le sexe, les traitements et les addictions.
« Comparés à des biomarqueurs génétiques, qui mettent en évidence une vulnérabilité héréditaire, les biomarqueurs épigénétiques développés par Alcediag sont dynamiques : ils identifient à la fois la maladie à un moment donné ainsi que son évolution dans le temps », précise la société. « Notre objectif avec myEDIT-B est d’aider les psychiatres à réduire le temps de diagnostic des troubles bipolaires, de plusieurs années à quelques semaines (dans un premier temps) puis nous l’espérons à quelques jours », déclare Alexandra Prieux, présidente d’Alcediag.
Alcediag l’assure : la fiabilité du test est supérieure à 80 %. « A part sur certaines études génétiques, il est rare d’avoir des tests fiables à 100 % », soutient Alexandra Prieux. S’il n’est donc pas impossible d’obtenir un faux positif, l’impact est à nuancer car il s’agit seulement d’un outil d’aide au diagnostic. Après envoi des résultats sous quatre semaines, il revient au médecin de faire le diagnostic final, notamment avec l’historique du patient et son histoire familiale.
Les excellentes performances du test myEDIT-B ont été évaluées à travers deux études cliniques réalisées sur des cohortes indépendantes. La première étude clinique monocentrique, portant sur 255 patients, a été réalisée en France et les premiers résultats de cette étude ont été publiés dans la revue scientifique Nature : Translational Psychiatry. Un deuxième essai clinique multicentrique a ensuite été mené en Suisse avec 143 patients. Les résultats du test myEDIT-B sur ces deux cohortes montrent des performances analogues et supérieures à 80 % pour la sensibilité et la spécificité du test. Ces deux études ont permis à Alcediag d’obtenir le marquage CE IVD pour le test myEDIT-B, une première mondiale.
Réservé aux adultes, le test est disponible sur prescription médicale et accessible uniquement via le réseau de 400 laboratoires Synlab, qui compte une quinzaine d’implantations en Occitanie. Pas encore remboursé par la sécurité sociale pour l'instant, il coûte 899 euros. « On a déjà des demandes, indique le biologiste Florian Scherrer, directeur médical de Synlab, qui a mis en place un système sécurisé dédié au test : Les gens viennent faire une prise de sang avec la prescription de leur médecin qui doit aussi signer une fiche de renseignements cliniques, et leur fiche de consentement. C’est un travail de prélèvement classique, puis l’échantillon, conditionné dans un tube spécifique, part à Montpellier. »
Plus largement, ce test cristallise tous les espoirs autour de la médecine de précision en psychiatrie. Notamment pour réduire les erreurs diagnostiques et les différences entre les médecins. « Même en utilisant les critères du Diagnostic and Statistical Manual (DSM) ou de la classification internationale des maladies (CIM) , pour un épisode dépressif caractérisé (EDC), la fiabilité inter-cotateur est mesurée à 0,25, alors qu’elle devrait être de 1, pour qu’il y ait 100 % de correspondance entre deux psychiatres », rappelle la Pr Henry. De son côté, Alcediag poursuit d'autres recherches afin de commercialiser à l'avenir des tests pour la schizophrénie, la dépression post-partum, etc.
Sources :
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lequotidiendumedecin.fr/spec…
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midilibre.fr/2024/04/07/trou…
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santementale.fr/2024/03/un-t…
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20minutes.fr/sante/4081103-2…
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youtube.com/watch?v=JRpFGj4i…