🤖🇺🇸 L'embargo posé par le gouvernement américain la nuit dernière sur Fable 5 et Mythos, les deux modèles les plus aboutis de Claude, soulève évidemment une question profonde de souveraineté numérique pour le reste du monde.
En l'espace de quelques heures, les deux LLMs se sont vu apposer un label ITAR, réservé en temps normal à l'export d'armes et de virus pathogènes.
Ainsi, des millions d'utilisateurs ont été privés d'une seconde à l'autre, sans tir de semonce, d'un instrument autour duquel ils avaient investi des centaines d'heures à la construction d'outils et de flux de travail.
Désormais, la coupure du robinet IA par une puissance étrangère ne relève plus de la menace éthérée mais constitue une réalité on ne peut plus concrète.
Si les États-Unis n'étaient pas particulièrement connus pour leur hésitation à sectionner les tendons de partenaires stratégiques - 🇫🇷 catapultes du Charles-de-Gaulle après la crise irakienne de 2003, renégociation forcée en 2018 de l'entretien des centrales nucléaires après le rachat d'Alstom Énergie, 🇮🇱 bombes de 2000 livres après l'offensive sur Rafah au printemps 2024 - la décision américaine de la nuit dernière acquiert une portée planétaire car concernant ce qui était jusque là considéré comme un produit d'usage domestique et professionnel.
Il n'en est désormais officiellement plus rien.
La puissance acquise par les modèles d'IA générative depuis la sortie de la première mouture de ChatGPT fin novembre 2022 est incommensurable. Claude travaille d'ores et déjà de manière auto-récursive à l'élaboration de son prochain modèle. Près de deux tiers du code publié sur GitHub a été rédigé par une IA.
Mythos, dont Anthropic avait annoncé en fanfare les extraordinaires et terrifiantes compétences à identifier de multiples failles zero-day en quelques minutes, pourvu de quantités de garde-fous en matière de chimie ou de biologie, produisait ainsi Fable, sa version édulcorée.
En vain. Toujours trop dangereusement puissant pour être mis entre toutes les mains.
Comment un chef d'entreprise du CAC40 réagira-t-il à pareille nouvelle ? Un startuper à Tel Aviv, Singapour ou Tokyo ?
Deux pistes au moins :
→ Développement, appui et choix privilégié de solutions de LLM nationales, souveraines. La France a la chance inespérée et rare d'avoir Mistral. Un levier supplémentaire qu'elle devrait d'ailleurs exercer sans vergogne aucune sur le voisin allemand récalcitrant.
→ Utilisation accrue de solutions open source, sur lesquelles les Chinois ont depuis le début de l'aventure énormément misé.
Ces modèles, dont les "poids" (les milliards de valeurs contenues dans les matrices du transformer qui rendent l'outil intelligent) sont publics, peuvent être récupérés et actionnés localement, pour peu que la machine soit dotée de caractéristiques adéquates.
L'IA est en passe de devenir un bien aussi essentiel que l'eau ou l'électricité. De ce fait, placer les clefs de notre souveraineté dans des mains étrangères, aussi avenantes puissent-elles être, et persévérer dans cette voie, ne serait que pur aveu de folie et d'impuissance.