J’espère que tout le monde va enfin comprendre que ce qui est vrai pour Fable est vrai pour Windows, MacOS, Android, X, Facebook, Amazon, Google…
#killswitch
Vendredi soir, le modèle d’IA le plus puissant jamais rendu public a été éteint par un gouvernement. Pas le vôtre. Washington a ordonné à Anthropic de couper Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger, et en quelques heures les deux modèles ont disparu de la planète, Américains compris, le temps que l’entreprise se mette en conformité. Les chercheurs qui les testaient, les boîtes qui les déployaient, les hôpitaux qui les expérimentaient : débranchés du jour au lendemain.
Démonstration grandeur nature de ce qui arrive quand un seul acteur tient l’interrupteur.
Et le réflexe français, je l’entends partout depuis hier : il nous faut une solution souveraine, made in France, hosted in France, used by France 🇫🇷
Sur le principe je suis d’accord, l’Europe doit avoir ses propres modèles. Mais regardez ce qu’on est en train de réclamer. On vient de voir très exactement le danger d’un interrupteur unique tenu par un État, et notre première idée c’est d’en installer un à la maison.
Non, ce dont on a besoin, ce ne sont pas des solutions uniques aux mains de la Commission Européenne, qui s’imposeraient à nous au nom d’une morale nationale. Ce dont on a besoin ce sont des alternatives sur le marché. Parce qu’il ne faut pas se tromper de camp : dans cette affaire, les états ont tout à gagner en contrôle, et nous tout à perdre en liberté. Le souverainisme technologique version monopole public, ce n’est pas l’indépendance, c’est un changement de maître. Et le pire rôle qu’on puisse jouer là-dedans, c’est celui de l’idiot utile.
L’Europe a aujourd’hui une carte unique à jouer, et elle est à l’exact opposé du monopole. Devenir la terre la plus ouverte du monde pour permettre à ces alternatives de prospérer. Pousser l’open source jusqu’au bout, financer des data centers ouverts alimentés au nucléaire décarboné, écrire un cadre qui garantit les libertés individuelles au lieu d’étrangler l’innovation, offrir un vrai statut aux entreprises nativement IA comme Milei vient de le proposer en Argentine, tester des formes de revenu ou de services universels qui redistribuent la valeur vers ceux qui la produisent. Une terre d’accueil, pas une forteresse.
Mais soyons lucides. Cette opportunité on va la rater... Parce que nous n’en avons pas le courage et que nous sommes incapables de de nous mettre d’accord à 27. On finira par interdire à notre tour l’arbalète et on nous vendra, la main sur le cœur, un retour glorieux à l’arc et aux flèches. Que s’apelerio la souveraineté.
On en parle dans Silicon Carne mercredi prochain.