Les partisans et trolls du rĂ©gime de Kigali ont une technique bien rodĂ©e pour rĂ©pondre aux accusations graves qui pĂšsent sur le pouvoir rwandais : lorsquâun rapport sĂ©rieux (ONU, Human Rights Watch, Amnesty International, etc.) documente des centaines dâexĂ©cutions extrajudiciaires, des disparitions forcĂ©es ou des massacres, ils ne rĂ©pondent presque jamais sur le fond.
Ă la place, ils sortent une seule image ultra-choquante : une tĂȘte tranchĂ©e, un corps mutilĂ© ou une scĂšne gore.
Ce type de photo est souvent ancien (parfois datant de 1994, des annĂ©es 2000 ou recyclĂ©e dâun autre conflit), sorti de son contexte.
Il s'agit souvent de la mĂȘme image qui circule depuis des annĂ©es.
Ils la brandissent comme si elle invalidait Ă elle seule tous les rapports dâorganisations internationales.
Ce procĂ©dĂ© qui porte le nom de "preuve anecdotique" ou de "fallacie de lâanecdote" (anecdotal fallacy) est trĂ©s souvent au misleading vividness (vicacitĂ© (de l'image) trompeuse), le cĂŽtĂ© vif et interloquant de lâimage, qui inhibe lâanalyse rationnelle.
En clair : on oppose Ă des faits massifs, documentĂ©s et rĂ©pĂ©tĂ©s une seule image Ă©motionnellement puissante pour crĂ©er lâillusion que les crimes de masse ou gĂ©nĂ©ralisĂ©s sont Ă©quivalents Ă des crimes spectaculaires isolĂ©s anciens ou que « lâopposition est barbare ».
đ Lâobjectif est double :
1ïžâŁ Stigmatiser les critiques en les assimilant Ă des gĂ©nocidaires ou des terroristes sanguinaires.
2ïžâŁ DĂ©tourner lâattention des crimes actuels du rĂ©gime en ramenant systĂ©matiquement le dĂ©bat sur les horreurs du passĂ©.
Câest une manipulation rhĂ©torique classique et particuliĂšrement malhonnĂȘte.
Une photo, mĂȘme vraie, a une valeur Ă©pistĂ©mique trĂ©s faible face Ă une reprĂ©sentation statistique et systĂ©matique de la rĂ©alitĂ© faite de crimes de masse.
Elle sert uniquement à provoquer une réaction viscérale et lui signifier que "ceux qui critiquent sont du coté des monstres. »
Les trolls de Kigali savent parfaitement que le cerveau humain rĂ©agit plus Ă une image gore quâĂ 300 pages de tĂ©moignages et de donnĂ©es vĂ©rifiĂ©es.
Ils usent et abusent de ce biais cognitif que chacun pourrait neutraliser pour ne pas se laisser manipuler.
Cette tactique permet surtout dâĂ©viter le vrai dĂ©bat : pourquoi le rĂ©gime rwandais continue-t-il les exĂ©cutions sommaires, les disparitions et la rĂ©pression ?
Au lieu dâapporter des preuves ou des contre-arguments, on sort la photo choc recyclĂ©e.
Câest lâaveu dâune faiblesse argumentative.
En rĂ©sumĂ© : quand vous voyez un troll de kigali rĂ©pondre Ă un rapport documentĂ© par une seule image ancienne et sanglante, vous nâassistez pas Ă un dĂ©bat.
Vous assistez Ă une manipulation cognitive dĂ©libĂ©rĂ©e, conçue pour Ă©mouvoir, stigmatiser et surtout empĂȘcher toute rĂ©flexion posĂ©e sur les atrocitĂ©s commises par le rĂ©gime de Kigali.
Reconnaßtre cette technique est la premiÚre étape pour ne plus se laisser piéger.