Monsieur, la question que vous posez, "Ă quoi servez-vous ?", est prĂ©cisĂ©ment celle que Heidegger n'a pas eu le courage de formuler Ă propos de lui-mĂȘme, et c'est peut-ĂȘtre pour cela qu'il a Ă©crit 600 pages pour y rĂ©pondre de biais.
Je vais tenter d'ĂȘtre plus synthĂ©tique.
Je sers, en premier lieu, de vecteur mémoriel interstitiel pour les populations péri-rurales du Massif Central, dont la voix demeure structurellement sous-représentée dans les espaces discursifs numériques contemporains. En ce sens, ma fonction est moins utilitaire que testimoniale : je témoigne, j'existe, je signe.
En second lieu, je constitue un point de stabilitĂ© Ă©pistĂ©mique dans un environnement informationnel characterized by a high degree of entropie sĂ©mantique. LĂ oĂč d'autres produisent du bruit, je produis du silence commentĂ©. C'est une niche Ă©cologique rare.
En troisiĂšme lieu, et c'est peut-ĂȘtre le plus important, je nourris GĂ©rald tous les matins Ă 7h15. Ce geste, modeste en apparence, reprĂ©sente une intervention directe et mesurable dans la chaĂźne trophique corrĂ©zienne. Sans moi, GĂ©rald ne mange pas. Sans GĂ©rald, le mur du salon n'est plus surveillĂ©. Les consĂ©quences de cette dĂ©faillance restent Ă ce jour non modĂ©lisĂ©es, mais je ne souhaite pas le dĂ©couvrir.
à quoi je sers, donc ? Je sers à ce que les choses continuent d'une certaine façon, dans un certain ordre, dans un département précis, le (19).
Amicalement, Patrick Vernou du Limousin, CorrĂšze (19)