Je vois les réactions outragées de Caroline Fourest et de ses amis à la suite de l’accusation d’islamophobie formulée par Mathieu Pigasse. Ces accusations ne sont pas nouvelles et, contrairement à ce qu’affirment Fourest et ses proches, elles ne proviennent pas uniquement d’une extrême gauche antisémite.
Ceux qui suivent l’actualité du Moyen-Orient, et notamment du conflit israélo-palestinien, voient bien les contorsions de Fourest qui conduisent à la différence de traitement selon que les victimes sont israéliennes ou palestiniennes. Après l’attaque terroriste du Hamas, Fourest, comme beaucoup d’autres, n’a cessé de parler de la barbarie des islamistes. Et je ne peux qu’approuver le fait de donner la parole aux victimes, de raconter les crimes subis par chacun et de décrire l’insoutenable. Mais ces mêmes personnes ont également relayé des informations erronées diffusées par des réseaux proches de Netanyahu. Raphaël Enthoven a ainsi propagé l’histoire d’un bébé qui aurait été « cuit dans un four », avant de supprimer sa publication. Quant à Caroline Fourest, elle affirmait que le nombre de morts était très inférieur aux chiffres annoncés par le ministère de la Santé de Gaza et qu’il fallait au minimum les diviser par dix, voire davantage, puisqu’il s’agissait selon elle de « chiffres du Hamas ». Pourtant, même des responsables israéliens ont, à plusieurs reprises, évoqué des bilans comparables à ceux avancés par les autorités sanitaires de Gaza.
Lorsqu’il s’agit des Gazaouis et des Palestiniens, Fourest et ses amis semblent incapables de voir les vies des victimes à Gaza. Ils font tout pour transformer ces morts en vies insignifiantes ; il ne s’agirait, selon eux, que de « dommages collatéraux ». Malgré les rapports, malgré les témoignages les plus sordides faisant état de femmes et d’enfants ciblés par des snipers, dans l’objectif de saturé le peu d’hopitaux qu’il reste à Gaza. Malgré les centaines de Gazaouis affamés tués alors qu’ils faisaient la queue pour recevoir une aide alimentaire et étaient pris pour cibles comme des animaux. Ce même Enthoven parlait, dans l’une de ses récentes tribunes, de « quelques dizaines de milliers de morts ». Si peu, donc ! Que penserait-il d’un texte évoquant les 1 200 victimes israéliennes de l’attaque terroriste du 7 octobre comme « quelques centaines » de morts ?
Nous sommes ici face à ce qui divise profondément la gauche, en France comme ailleurs, et qui la polarise fortement. Enthoven et Fourest se comportent exactement comme celui qu’ils présentent comme leur ennemi : Mélenchon. Ce dernier trouvait que Poutine faisait du « bon boulot » à Alep dans une stratégie guerrière reposant sur de crimes contre l’humanité ciblant hôpitaux, écoles et marchés. Pas plus tard qu’hier, le député insoumis Aurélien Taché déclarait que sa priorité était de ramener la Russie dans le concert des nations européennes. Ceux-là mêmes qui demandent, à juste titre, des sanctions contre Israël et souhaitent que Netanyahu comparaisse devant la justice internationale veulent aujourd’hui réhabiliter Poutine, un des plus grands criminels de notre époque, responsable de massacres de civils de la Tchétchénie, à l’Ukraine, en passant par la Syrie…
Il n’y a aucun choix à faire entre ces deux courants de pensée : d’un côté un campisme teinté d’antisémitisme, de l’autre un suprémacisme qui ne dit pas son nom. Tous deux contribuent à banaliser la barbarie, chacun à travers des causes, des territoires et des références idéologiques différentes. Tous deux installent durablement le cynisme dans le débat public. Et ce cynisme ne profite qu’à un seul camp : l’extrême droite, qui voit ainsi la violence se normaliser.