đ«đ·âąïž La MinArm Ă©claircit la nouvelle doctrine nuclĂ©aire âąïžđ«đ·
Un long entretien avec Catherine Vautrin vient d'ĂȘtre publiĂ© sur le site du MinistĂšre des ArmĂ©es, uniquement centrĂ© sur la dissuasion.
S'il reprend de nombreux points du discours du 2 mars, il en éclaircit d'autres qui été restés flous.
MĂȘme si la parole de la ministre ne vaut pas celle du prĂ©sident de la RĂ©publique, elle reste l'un des maillons de la chaĂźne dĂ©cisionnelle et est donc lĂ©gitime pour s'exprimer sur le sujet.
1. Les dommages inacceptables
"Le niveau de notre arsenal est strictement adaptĂ© pour que nos forces nuclĂ©aires puissent infliger des dommages inacceptables Ă tout Ătat qui menacerait nos intĂ©rĂȘts vitaux."
Cette expression centrale dans la doctrine nuclĂ©aire française avait disparu lors du discours du PR Ă l'Ăle Longue pour ĂȘtre remplacĂ©e par :
"infliger des dommages dont ils ne se relĂšveraient pas."
J'avais essayé de comprendre pourquoi, mais sans justification convaincante. Son retour dans cet entretien publié sur un site gouvernemental semble donc montrer que le concept de "dommages inacceptables" est toujours en vigueur.
2. La coordination entre adversaires
C'est l'une des principales justifications de l'augmentation de notre arsenal nuclĂ©aire, avec notamment la densification des dĂ©fenses antimissiles. Le discours du PR ne mentionnait pas directement dans cette partie du discours les adversaires concernĂ©s, mĂȘme si son introduction faisait la part belle Ă la Russie, la CorĂ©e du Nord et la Chine.
L'entretien de la Minarm explicite désormais cette partie importante du discours:
"Notre format sâadapte Ă lâĂ©volution du contexte international et au rapprochement constatĂ© de plusieurs puissances nuclĂ©aires (Russie, CorĂ©e du Nord, Chine)."
On s'en doutait, mais c'est toujours bien de le dire.
3. Une dimension européenne dans son ensemble
Le discours du 2 mars faisait explicitement un lien entre le territoire des Etats participant à la dissuasion avancée et la dissuasion nucléaire française :
"Sa valeur sera, je le crois, trÚs forte aussi pour les partenaires qui entreront dans cette logique avec nous, et dont le territoire gagnera un lien affirmé avec notre dissuasion."
Cela pouvait laisser entendre qu'il y aurait des zones en Europe plus protĂ©gĂ©es que d'autres. Bien que lĂ©gitime, cette approche Ă©tait crainte par plusieurs Ătats car susceptible de crĂ©er des tentations ou mĂȘme des opportunitĂ©s pour la Russie, certains Ătats ne pouvant pour l'instant pas contribuer Ă la dissuasion avancĂ©e pour diverses raisons.
Cette partie du discours fait l'objet d'une clarification par la Minarm:
"il ne faudrait pas limiter cette dimension [europĂ©enne des intĂ©rĂȘts vitaux] aux huit partenaires avec lesquels vont se dĂ©velopper des coopĂ©rations dans le cadre de la « dissuasion avancĂ©e »"
De quoi rassurer tous nos partenaires européens.
4. La dissuasion conventionnelle qui refuse de dire son nom
Pendant des décennies il était quasiment sacrilÚge de parler de dissuasion conventionnelle en France. Dissuasion = nucléaire.
Pourtant, les Ă©vĂ©nements de ces derniĂšres annĂ©es en Ukraine, en Russie, au Porche et Moyen-Orient ou encore au Cachemir montrent que la dissuasion nuclĂ©aire n'est pas un totem d'immunitĂ©, mĂȘme face Ă des attaques massives ou Ă l'invasion d'une partie du territoire d'une puissance nuclĂ©aire.
L'intervention du PR à la conférence de Munich avait déjà ouvert une brÚche, en se prononçant pour une approche holistique. Son discours du 2 mars mentionnait également la nécessité de pouvoir faire face à ce type de menaces:
"'n'a-t-on pas vu ces derniers mois des salves de missiles tomber sur des puissances dotées ou des Etats possesseurs ? L'Europe pourrait un jour se trouver dans une position similaire. Pour gérer ce genre de situation avant qu'elle ne franchisse le seuil nucléaire, il faut des capacités spécifiques."
La ministre poursuit dans la mĂȘme voie en dĂ©clarant :
"Dans un conflit qui se dĂ©roule sous le seuil nuclĂ©aire, nous devons disposer de capacitĂ©s conventionnelles qui offrent des options pour maĂźtriser lâescalade."
Pour dissuader un adversaire de nous lancer des volĂ©es de missiles balistiques, il faut pour le menacer de maniĂšre symĂ©trique. D'oĂč l'approche holistique combinant armes conventionnelles et nuclĂ©aires.
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En résumé :
Cet entretien permet de mieux expliquer certaines parties du discours, sur lequel il reste encore un énorme travail de pédagogie à faire. En espérant que d'autres interventions de ce type suivront, par exemple pour expliquer l'absence de la mention explicite de la stricte suffisance ou du ciblage des centres de pouvoir adverses.
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