Derrière l'ingérence visant LFI aux municipales, un mode opératoire "complexe" lié à Israël.
L'opération d'ingérence ayant visé des candidats La France Insoumise (LFI) aux élections municipales a mobilisé un réseau "complexe" de sites web et comptes de réseaux sociaux, menant vers une entreprise liée à un ex-membre des renseignements israéliens, selon les autorités françaises (AFP).
Cette campagne fait partie des quatre ingérences numériques étrangères détectées dans le cadre du scrutin municipal des 15 et 22 mars par Viginum, le service chargé de lutter contre ces manipulations en ligne. Ces actions ont eu une visibilité "limitée", rappelle Viginum dans un rapport publié jeudi.
Deux ont été attribuées à des réseaux prorusses: l'une ayant visé le candidat à Paris de la majorité présidentielle, Pierre-Yves Bournazel, l'autre ayant consisté en la création de faux sites de presse locale française.
La troisième, à visée "lucrative", a été imputée à un acteur non-étatique localisé au Vietnam qui a diffusé des contenus polémiques en lien avec les élections dans le but d'entraîner du trafic monétisé sur de faux sites de médias et pages Facebook.
Viginum explique avoir détecté celle ayant ciblé les candidats LFI début février 2026, avec la création de quatre sites web, de pages et faux comptes Facebook, X, Instagram et TikTok destinés à amplifier les contenus visant LFI.
L'analyse de ces comptes a permis d'identifier des opérations de manipulation similaires en Angola, au Togo ou pour les municipales à New York en 2025, a précisé jeudi Marc-Antoine Brillant, chef de Viginum, lors d'une conférence de presse.
Les auteurs de cette campagne, baptisée "Rokh Solis" par les autorités françaises, avaient deux objectifs.
Le premier visait à "dénigrer" le parti et trois de ses candidats - Sébastien Delogu (Marseille), François Piquemal (Toulouse) et David Guiraud (Roubaix) - via notamment de fausses accusations de viol, pédocriminalité ou des dénonciations de prises de positions propalestiniennes.
L'opération poursuivait un second objectif: "polariser le débat public national en instrumentalisant la communauté musulmane", précise le rapport.
Viginum explique avoir relevé plusieurs éléments laissant soupçonner des opérateurs liés à Israël, notamment la présence de "caractères hébreux dans les métadonnées d'un site" et des "publications associées à l'organisation pro-israélienne Elnet".
Leurs analyses ont mené vers une entreprise nommée Blackcore, au statut légal douteux, appartenant à "un vaste écosystème d'entreprises et d'entités cyber israéliennes", dont la "figure centrale" est Yigal Unna, auparavant passé par l'Unité 8200, au sein de l'armée israélienne, et le Shin Bet, le service de renseignement intérieur israélien. Il est aujourd'hui "à la tête d'un incubateur d'entreprises cyber israéliennes, Cygun LTD".
Mais "nos investigations n'ont pas permis d'identifier le ou les commanditaires", a rappelé jeudi Marc-Antoine Brillant.
"Au regard de la complexité, de la longévité et de l'étendue" de l'opération, Viginum dit "poursuivre ses investigations" à propos de cette campagne, sur laquelle le parquet de Paris a aussi ouvert une enquête.