Il y a quelques jours est sorti le film "LâAbandon", consacrĂ© au sort tragique de Samuel Paty.
Je ne sais pas bien comment le dire, car dans ce genre de situation, nous autres enseignants sommes souvent contraints au silence. Pourtant, je me sens obligĂ© de parler. MĂȘme si câest risquĂ©.
Il y a quelques mois, Ă lâentrĂ©e du site oĂč jâenseigne, dans le 5e arrondissement, jâai dĂ©couvert des tags : « Mort Ă Hanouna », « Mort aux Sionistes », « Free Gaza ». La routine, hĂ©las.
Ce jour-lĂ , mon cours portait sur lâĂ©cologie appliquĂ©e. En entrant en classe, jâai quand mĂȘme osĂ© faire une petite introduction. Jâai expliquĂ© que ces slogans mettaient notre Ă©cole en danger et quâil valait mieux Ă©viter des propos aussi extrĂȘmes. Jâimaginais un consensus rapide, avant de passer au vĂ©ritable sujet du cours : la mĂ©moire et la rĂ©silience des Ă©cosystĂšmes.
Ă ma grande surprise, une partie des Ă©tudiants mâa ouvertement contestĂ©. Certains ont affirmĂ© que « les Juifs avaient mĂ©ritĂ© leur sort », que Hanouna Ă©tait dâextrĂȘme droite et que les musulmans Ă©taient les vĂ©ritables victimes, persĂ©cutĂ©es « par le systĂšme ». Je suis restĂ© sans voix, dĂ©boussolĂ©.
Je leur ai rappelĂ© quâil sâagissait de menaces de mort. Plusieurs ont prĂ©fĂ©rĂ© quitter le cours plutĂŽt que dâengager le dĂ©bat.
Je suis perdu face à cette nouvelle génération.
Quelques jours plus tard, jâai compris que ma hiĂ©rarchie ne me soutenait pas vraiment. Des Ă©tudiants « susceptibles » sâĂ©taient plaints de ce que jâavais osĂ© dire. On me lâa fait savoir, on me lâa reprochĂ©.
Câest perturbant.
Bien sĂ»r, dans le cadre dâun cours scientifique, jâaurais sans doute dĂ» me taire, baisser la tĂȘte et faire comme si je nâavais rien vu en entrant dans lâĂ©tablissement.
Pourtant, quelque chose en moi me dit que non.
Et le sort de Samuel Paty me parle.
Comment oser se taire ?