Carte blanche n°278
Joseph Kabila, MoĂŻse Nyarugabo et consorts : les pyromanes devenus pompiers
Les incidents survenus lors du sit-in organisĂ© par la C64 sont dĂ©plorables. Les bavures policiĂšres le sont tout autant. Une enquĂȘte sĂ©rieuse sâimpose afin dâĂ©tablir les faits et de sanctionner les responsables.
Les images diffusĂ©es montrent des manifestants munis de pierres et dâarmes blanches, visiblement prĂ©parĂ©s Ă lâaffrontement plutĂŽt quâĂ un sit-in pacifique.
Les recruteurs de ces groupes, ainsi que leurs commanditaires, doivent ĂȘtre identifiĂ©s et traduits en justice. Les auteurs des dĂ©rapages policiers doivent lâĂȘtre Ă©galement.
Mais nous ne saurions laisser lâancien prĂ©sident Kabila en faire ses choux gras. Ă travers sa plateforme « Sauvons la RDC », il tente de rĂ©cupĂ©rer ces Ă©vĂ©nements dans un communiquĂ© du 13 juin dernier, estampillĂ© MoĂŻse Nyarugabo, tous deux issus de lâAFDL.
Dans leur feuille de chou, ils sâemploient Ă faire porter la responsabilitĂ© des incidents du 12 juin au PrĂ©sident de la RĂ©publique. La dĂ©monstration est aussi expĂ©ditive que fantaisiste.
Certains vont jusquâĂ affirmer que Tshisekedi aurait ordonnĂ© Ă ses policiers de tirer sur les manifestants. Une assertion pour le moins infondĂ©e.
Dans toutes les dĂ©mocraties, des dĂ©rapages policiers peuvent survenir. Les Ătats-Unis ont connu les affaires George Floyd, Ferguson ou Baltimore. La France, la crise des Gilets jaunes, avec son lot de controverses sur lâusage de la force publique. Nulle part, une faute individuelle nâa Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e en responsabilitĂ© personnelle du chef de lâĂtat.
Le plus surprenant reste lâidentitĂ© des accusateurs : Joseph Kabila, MoĂŻse Nyarugabo et consorts.
Quâils aient au moins lâhonnĂȘtetĂ© de regarder dans le rĂ©troviseur.
Car la mĂ©moire congolaise, elle, nâa rien oubliĂ©.
Ni les 424 corps découverts dans la fosse commune de Maluku.
Ni les répressions de janvier 2015, septembre 2016 et décembre 2017, aux bilans humains lourds selon de nombreuses organisations de défense des droits humains.
Ni Floribert Chebeya, retrouvé mort aprÚs une convocation auprÚs de hauts responsables de la police.
Ni FidĂšle Bazana, disparu dans les mĂȘmes circonstances, dont la famille attend toujours la vĂ©ritĂ©.
Ni Rossy Mukendi, tuĂ© lors dâune manifestation Ă Kinshasa.
Ni ThérÚse Kapangala, tombée lors de la marche des chrétiens du 21 janvier 2018.
Ni les journalistes Serge Maheshe, Didace Namujimbo, Franck Ngyke et Aimée Kabila, dont les assassinats ont profondément marqué la conscience nationale.
Ni les arrestations arbitraires visant militants de la LUCHA, de Filimbi et de nombreux opposants politiques.
Et la mémoire remonte plus loin encore.
JusquâĂ la marche de leur AFDL vers Kinshasa.
Aux rĂ©fugiĂ©s hutu traquĂ©s et massacrĂ©s Ă travers les forĂȘts congolaises.
Aux fosses communes jalonnant le parcours de cette guerre.
Aux milliers de morts documentés par le rapport Mapping des Nations unies.
Makobola.
Kasika.
Autant de villages meurtris oĂč des centaines de civils furent massacrĂ©s.
Des femmes enterrĂ©es vivantes, des familles brĂ»lĂ©es dans leurs maisons, des enfants exĂ©cutĂ©s ou abandonnĂ©s Ă leur sort, au nom dâune guerre, la leur, qui prĂ©tendait apporter la libĂ©ration.
Autant de victimes anonymes dont les familles attendent encore justice.
Le rapport Mapping des Nations unies est, à cet égard, sans équivoque.
Face Ă un tel hĂ©ritage, un peu de retenue sâimpose Ă lâancien prĂ©sident et Ă son « Sauvons la RDC ».
Les Congolais nâont nul besoin de leçons de morale venant de ceux dont les parcours restent associĂ©s Ă certaines des pages les plus sombres de notre histoire.