Après deux années d'interruption, durant lesquelles des tests de sécurité ont été effectués, la Chine donne finalement son feu vert à son réacteur nucléaire expérimental fonctionnant au thorium. Le permis opérationnel vient d'être accordé par l'autorité de sécurité nucléaire. ⤵️
La Chine a franchi une étape significative dans sa quête de technologies nucléaires avancées, avec l'émission d'un permis opérationnel pour son premier réacteur au thorium par le gendarme de la sécurité nucléaire du pays. Situé dans la ville du désert de Gobi de Wuwei, dans la province de Gansu, le réacteur au thorium à sel fondu (MSR), d'une puissance de deux mégawatts, est exploité par l'Institut de physique appliquée de Shanghai de l'Académie chinoise des sciences. Le permis, délivré par l'Administration nationale de la sécurité nucléaire, autorise l'Institut de Shanghai à exploiter le réacteur pendant 10 ans, dans le but de perfectionner cette technologie.
Les réacteurs au thorium sont une forme avancée de technologie nucléaire qui utilise des combustibles liquides, typiquement des sels fondus, à la fois comme combustible et comme réfrigérant. Ils présentent plusieurs avantages potentiels par rapport aux réacteurs traditionnels à l'uranium, dont une sécurité accrue, une réduction des déchets et une amélioration de l'efficacité du combustible. Le thorium est également une ressource plus abondante comparée à l'uranium, et la Chine possède d'importantes réserves de thorium.
La Chine dispose en effet de l'une des plus grandes réserves de thorium au monde. La taille exacte de ces réserves n'a pas été divulguée publiquement, mais on estime qu'elle serait suffisante pour répondre aux besoins énergétiques totaux du pays pendant plus de 20.000 ans. L'abondance de cette ressource en fait donc une option très attrayante pour la Chine. Si les réacteurs à sel fondu s'avèrent un succès, et viables pour un déploiement commercial, ils pourraient aider à étendre l'approvisionnement en énergie nucléaire de la Chine aux villes intérieurs.
L'un des gros avantages des MSR au thorium est leur flexibilité en termes de localisation. Le recours aux sels fondus comme combustible et réfrigérant permet un transfert de chaleur plus efficace et élimine le besoin de consommer de grandes quantités d'eau, ce qui est un atout significatif dans les zones où les ressources en eau sont limitées. En utilisant ce type de réacteurs, la Chine pourrait potentiellement établir des centrales nucléaires dans des zones éloignées des zones côtières ou des grands fleuves. Ce qui aiderait à diversifier le mix énergétique du pays, à réduire la dépendance aux combustibles fossiles et à répondre à la demande croissante d'énergie.
Selon des experts de l'industrie nucléaire en Chine qui ont demandé à ne pas être nommés car ils n'étaient pas autorisés à parler à la presse, ce réacteur est une réalisation significative pour le secteur de l'énergie nucléaire du pays. Ils estiment qu'il illustre les progrès réalisés par la Chine dans le développement et le déploiement de technologies nucléaires avancées et positionne la Chine comme un leader potentiel dans la technologie des réacteurs au thorium. Cependant, un certain nombre de défis techniques, réglementaires et économiques doivent encore être surmontés pour que les réacteurs puissent être déployés avec succès à grande échelle, selon les experts de l'industrie.
Le projet a été lancé en 2011, mais la construction n'a commencé qu'en 2018. Bien que le réacteur devait prendre 6 ans pour être construit, les scientifiques et les ingénieurs ont terminé le travail en environ 3 ans car le travail s'est déroulé plus facilement que prévu. Il a fallu en revanche plus de deux ans aux autorités de sécurité nucléaire pour confirmer que l'installation respectait les normes de sécurité les plus élevées, telles qu'elles étaient prévues par le permis.
Le projet chinois semble se focaliser sur la construction de petits réacteurs modulaires au thorium, dans le cadre d'une nouvelle forme de production : les futurs réacteurs au thorium seraient a priori construits à la chaîne en usine puis transportés sur le site d'implantation. Ce faisant, ils pourraient être installés dans des tas d'environnements, y compris des zones reculées ou hors réseau. Leur plus petite taille permettrait une meilleure scalabilité, et des ajouts de capacité incrémentiels en fonction de la demande énergétique. Cette technique pourrait aussi et surtout réduire les coûts et les délais : la capacité de fabriquer des composants dans un environnement industriel et de les transporter par la suite sur les sites prévus pourrait grandement rationaliser le processus.
La Chine espère aussi apparemment exporter et vendre ses petits réacteurs au thorium à d'autres pays dans le cadre de l'initiative Belt and Road, le plan d'infrastructure mondiale de Pékin.
Source :
scmp.com/news/china/science/…
La Chine sur le point de tester son réacteur au thorium : la construction de son prototype expérimental est achevée, les premiers essais démarrent ce mois-ci. La dernière fois qu'un réacteur à sels fondus fut en fonctionnement sur Terre, c'était... 1969 !
nature.com/articles/d41586-0…