FERMETURE ANNONCĂE DU MARINELAND DâANTIBES : VERS UNE TRAHISON DES ENGAGEMENTS FRANĂAIS POUR LE BIEN-ĂTRE ANIMAL ?
Mercredi 4 dĂ©cembre, le Marineland dâAntibes a annoncĂ© la fermeture dĂ©finitive de ses bassins Ă compter du 5 janvier prochain. Dans son communiquĂ©, le parc promet de « relocaliser » ses animaux captifs, notamment les dauphins, dans ce quâil qualifie des « meilleures structures ».
AprĂšs la dĂ©cision salutaire de Madame Pannier-Runacher, alors ministre de la Transition Ă©cologique, de refuser le transfert des deux orques survivantes au Japon, Wikie et Keijo font aujourdâhui face au risque dâun transfert vers le Loro Parque aux Canaries. Ce parc est bien connu pour ses conditions de captivitĂ© dĂ©plorables. Cette solution, loin de respecter les engagements français en matiĂšre de bien-ĂȘtre animal, rappelle tristement les dĂ©rives que la loi de 2021 visait prĂ©cisĂ©ment Ă abolir.
Une loi ambitieuse, une mise en Ćuvre inexistante
Promulguée en 2021, la loi visant à lutter contre la maltraitance animale interdit, à compter du 1er décembre 2026, la détention et la reproduction en captivité des cétacés à des fins commerciales. Cette loi amorçait un changement de fond dans la nature du lien entre les animaux et les humains, vers davantage de respect et de considération.
Malheureusement, Ă trois ans presque jour pour jour de la ratification cette loi et Ă moins d'un mois de la fermeture du Marineland dâAntibes, aucune solution viable pour accueillir nos cĂ©tacĂ©s captifs, dauphins y compris, nâest prĂ©vue par lâĂtat français.
Face Ă cette inertie, la fermeture imminente du Marineland soulĂšve plusieurs questions cruciales, aujourdâhui toujours sans rĂ©ponse : OĂč iront Wikie et Keijo Ă partir du 5 janvier prochain ? Que prĂ©voit-on pour les dauphins du Marineland ? Comment la France peut-elle envisager de confier ces animaux Ă des structures Ă lâĂ©tranger, dont les conditions vont Ă lâencontre de lâesprit mĂȘme de notre lĂ©gislation ?
Un sanctuaire en France, une nécessité pour plusieurs raisons
Il y a 8 mois, Sea Shepherd France proposait une alternative aussi ambitieuse que nĂ©cessaire : la crĂ©ation dâun sanctuaire marin en France. Ce projet, fruit dâune collaboration entre experts nationaux et internationaux, cĂ©tologues, bio-acousticiens, vĂ©tĂ©rinaires, biologistes marins, offrait une premiĂšre rĂ©ponse concrĂšte aux besoins des cĂ©tacĂ©s.
Accueillir Wikie et Keijo en France nâest pas quâun choix pragmatique, câest un acte de responsabilitĂ©. Ces orques, exploitĂ©es pendant des annĂ©es, mĂ©ritent un espace oĂč elles pourront vivre dans des conditions proches de leur environnement naturel, tout en limitant le stress liĂ© au transport. Les longues distances augmentent les risques pour leur santĂ© et leur bien-ĂȘtre, autant de raisons pour que ce sanctuaire soit Ă©tabli sur nos cĂŽtes.
En restant sur le territoire français, ces orques pourraient bĂ©nĂ©ficier de la protection offerte par notre lĂ©gislation sur le bien-ĂȘtre animal, tout en incarnant un projet scientifique et Ă©ducatif unique au monde.
Un dossier qui pĂątit de lâimmobilisme et du climat politique instable
Pour concrĂ©tiser ce type de projet, il faut une volontĂ© politique forte. Or, aujourdâhui, le climat politique est marquĂ© par lâinstabilitĂ© et le dĂ©sengagement. Les gouvernements se succĂšdent, les ministres changent et les prioritĂ©s sâĂ©rodent. Ă un mois de la fermeture du Marineland, aucune dĂ©cision claire nâa Ă©tĂ© prise. Les discussions autour de la zone que nous avions arrĂȘtĂ©e pour le sanctuaire ont Ă©tĂ© balayĂ©es par le ministĂšre des ArmĂ©es et le projet semble aujourdâhui vouĂ© Ă lâoubli.
Comment avancer lorsque lâĂtat recule ? Comment assumer des engagements lĂ©gislatifs majeurs quand ceux qui les ont portĂ©s hĂ©sitent face aux dĂ©fis quâils imposent ?
Le destin de ces orques dĂ©passe leur simple survie. Leur sort reflĂšte notre capacitĂ©, en tant que sociĂ©tĂ©, Ă tenir nos promesses et Ă affirmer nos valeurs. Ce nâest pas seulement le bien-ĂȘtre de deux cĂ©tacĂ©s qui est en jeu, mais notre dignitĂ© collective.
Nos dĂ©cideurs, quels quâils soient, doivent prendre toute la mesure des enjeux dĂ©coulant dâune telle dĂ©cision. Notre responsabilitĂ© est de garder nos orques sur notre territoire pour leur offrir une vie respectueuse et digne. Il sâagit dâun choix de sociĂ©tĂ©.
Nous pouvons dĂšs aujourdâhui choisir dâavancer sur le plan de la maltraitance animale en nous donnant les moyens de mettre en application notre lĂ©gislation qui vise, non pas Ă exporter la maltraitance qui dĂ©coule de nos choix passĂ©s mais Ă y mettre un terme.
En se penchant sur un projet de sanctuaire marin français, la France aurait lâopportunitĂ© rare de devenir le premier pays au monde Ă statuer sur la crĂ©ation dâun sanctuaire marin pour accueillir des orques ayant vĂ©cu en captivitĂ© et ainsi ouvrir la voix Ă ses voisins avec cette initiative dâenvergure mondiale. Au-delĂ du destin individuel de Wikie et Keijo, câest aussi de notre propre dignitĂ©, de notre courage et de notre responsabilitĂ© en tant que grande nation maritime quâil sâagit.
@Ecologie_Gouv
Crédits photos : Sea Shepherd France / Morgane Trussardi