Billet d'humeur par Pierre Nerval
Le voile applaudi, la croix criminalisée ?
Notre époque ne manque pas de ressources lorsqu'il s'agit de transformer le bon sens en provocation et la provocation en vertu.
Jeudi soir, au conseil municipal d'Ivry-sur-Seine, un élu propose un amendement d'une simplicité biblique : interdire les signes religieux ostensibles dans l'exercice de fonctions de représentation de la collectivité.
Autrement dit : la neutralité pour tout le monde.
Pas pour les catholiques. Pas pour les musulmans. Pas pour les juifs. Pas pour les bouddhistes.
Pour tout le monde.
Une idée qui, dans la République française de 1905, aurait probablement semblé d'une banalité absolue.
Mais nous ne sommes plus en 1905.
Nous sommes dans la France de 2026, où certains considèrent désormais que la laïcité consiste à être neutre... sauf pour une certaine religion.
L'amendement est rejeté.
Jusque-là, chacun est libre de voter comme il l'entend.
Puis l'élu décide de pousser le raisonnement jusqu'à l'absurde.
Il sort un petit crucifix et récite un «Je vous salue Marie».
Et là...
Explosion nucléaire.
Le maire s'emporte. Le ton monte. Les accusations pleuvent. On parle de scandale. On évoque même un prétendu «crime politique».
Un crime politique ?
Rien que cela.
Voilà donc où nous en sommes.
Dans certaines assemblées, afficher ostensiblement sa foi est présenté comme une magnifique démonstration de diversité.
Mais réciter une prière chrétienne devient une atteinte à la République.
Le voile est un choix respectable.
La croix devient une provocation.
L'affichage religieux est célébré lorsqu'il va dans le sens du courant dominant du moment.
Il devient insupportable lorsqu'il rappelle les racines historiques et culturelles de la France.
Et c'est précisément là que réside toute l'ironie de cette scène.
Car en perdant son calme, en frappant sur la table, en criant au scandale, le maire a peut-être offert à son contradicteur la démonstration la plus éclatante qui soit.
Si la simple récitation d'une prière chrétienne provoque davantage d'indignation qu'un signe religieux ostensiblement revendiqué au sein même d'une assemblée publique, alors la question de la cohérence mérite effectivement d'être posée.
Et puisqu'on semble apprécier les démonstrations par l'absurde, poursuivons le raisonnement.
Que se passerait-il si, lors du prochain conseil municipal, un élu arrivait avec une croix géante suspendue au cou ?
Que se passerait-il si un autre se présentait vêtu d'un vêtement religieux chrétien spectaculaire ?
Les mêmes qui applaudissent aujourd'hui parleraient-ils encore de diversité ?
Ou découvriraient-ils soudain les vertus de la neutralité républicaine ?
On connaît malheureusement déjà la réponse.
La véritable laïcité n'est pourtant ni de droite ni de gauche.
Elle n'a pas pour mission de favoriser une religion contre une autre.
Elle n'a pas davantage vocation à désigner des croyances autorisées et d'autres suspectes.
...
Que se passerait-il aujourd'hui si les prêtres avaient conservé leur soutane dans les rues de France comme autrefois ?
Imagine-t-on encore un jeune curé traverser certains quartiers vêtu de noir, col romain apparent, sans attirer les insultes ou pire ?
Combien de commentateurs expliqueraient alors que cette tenue constitue une "provocation" et que le prêtre devrait être plus discret pour éviter les tensions ?
À entendre certains discours, la visibilité religieuse ne poserait problème que lorsqu'elle rappelle les racines chrétiennes de notre pays, le pays même dont les clochers dominent encore les villages, dont les cathédrales attirent des millions de visiteurs et dont l'histoire est intimement liée au christianisme.
...
La laïcité, la vraie, c'est la même règle pour tous, sans exception, ni passe-droit idéologique, ni indignation sélective, ni deux poids, deux mesures.
Car lorsqu'une règle ne s'applique plus à tout le monde de la même façon, c'est un privilège idéologique.
Privilège ennemi juré de la France.
Pierre Nerval
Il protestait contre quoi? Pourquoi vous ne dites pas dans votre tweet contre quoi protestait cet élu ?
Allo
@afpfr ? Pourquoi vous ne le dites pas?
Ça s'appelle un mensonge par omission.
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