La droitisation de l’opinion publique est un fait établi. Comment la contrer ? Il n’y a plus de grain à moudre, plus d’argent à redistribuer, donc plus de projet pour la social-démocratie. La gauche se contente désormais de jouer sur les peurs en promettant l’Apocalypse. Deux méthodes s’offrent à elle : plonger dans la brocante de l’histoire du malheur pour restaurer l’antifascisme comme réflexe moral, ou imaginer l’avenir dystopique qui nous attendrait si la droite arrivait un jour au pouvoir. C’est cette seconde option qu’ont choisie Guillaume Hannezo, Hakim El Karoui et Thierry Pech dans Sans eux.
Les auteurs, tous trois experts du laboratoire d’idées Terra Nova, disent s’être inspirés de La Ville sans Juifs, d’Hugo Bettauer, publié en 1922, où l’auteur imagine une ville ruinée après l’expulsion des Juifs. La ficelle est un peu grosse. Mais nos auteurs pondent du point Godwin aussi vite qu’une IA générative promptée avec des éditoriaux d’Edwy Plenel. Bruno Retailleau, décrit en premier ministre féroce et cynique, pourchassant les immigrés avec délectation, sent ainsi « un frisson wagnérien » parcourir sa colonne vertébrale. On a connu plus subtil.
Philippe de Villiers est élu président de la République, Bruno Retailleau devient son premier ministre - les auteurs semblent d’ailleurs assez peu au fait des relations entre les deux hommes pour imaginer pareil attelage. Marion Maréchal hérite du ministère de « l’Instruction, de la Régénération morale et de la Réussite des meilleurs ». Cette « Grande Alternance », écrivent-ils avec effroi et mépris, réunit « la messe au flambeau et les apéros saucisson-pinard ; les ouvriers licenciés du Nord, les petits Blancs rapatriés du Sud, les Chouans de l’Ouest, les bourgeois de Paris 7e et 16e ».
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