En apparence, le raisonnement de Patrick Sébastien se défend.
En réalité, et en toute amitié, l’humoriste a commis 3 erreurs quand il a déclaré ça :
1) Les effets secondaires du vaccin sont connus. Le diabète n’en fait pas partie. Donc, c’est à celui qui l’affirme d’en apporter la preuve. C’est à l’audacieux qui envisage une chose encore indémontrée qu’il appartient d’étayer ses propos. On ne peut pas dire « à mon avis, le vaccin est la cause de la maladie que j’ai contractée ensuite » en attendant qu’on vous prouve le contraire. Sinon, on peut tout dire ! Obama est un reptilien, Marine Le Pen est démocrate, Dieu est un œil dans le ciel, Mélenchon est féministe, les vaccins causent le diabète… Prouvez-moi le contraire ! Non ? Alors, j’ai raison ! CQFD.
2) La 2è erreur de Patrick Sébastien (et de tant de gens avec lui) est de confondre corrélation et causalité : deux faits concomitants (le vaccin et le diabète) lui apparaissent soudés. Or, que deux phénomènes se suivent ne signifie pas qu’ils sont causés l’un par l’autre. Par exemple, on « observe » une stricte corrélation, au jour et à l’unité près, entre la consommation de fromage aux Etats-Unis et le nombre de gens qui meurent étouffés dans leurs draps, ou encore entre le réchauffement climatique et le déclin de la population de pirates… La concomitance de phénomènes si différents suffit-elle à affirmer que l’un est causé par l’autre ? Oui, si on a envie de le croire. C’est le même « raisonnement » qui valait à Retailleau, Boyer, Royal ou Estrosi de dire « j’avais le Covid, j’ai pris de l’HCQ et j’ai guéri, donc Raoult a raison. » Comme ils avaient envie de croire que Raoult avait raison, ils ont attribué à sa molécule bidon le bénéfice d’une guérison spontanée. De même : si vous voulez croire que le vaccin est dangereux, il suffit de confondre tout ce que vous arrive après lui avec ce qui vous arrive à cause de lui. D’ailleurs, on va tous mourir : pourquoi ne pas y voir la main du vaccin ?
3) « Je pose une question, j’ai quand même le droit » nous dit Patrick Sébastien. Et comment ! Mais quand on imagine un lien de causalité entre deux phénomènes qui (jusqu’à nouvel ordre) sont sans rapport, on ne pose pas une question, on crée un soupçon - ce qui n’a rien à voir. PS ne pose pas une question, il juxtapose deux faits concomitants pour attirer l’attention sur ce qui n'existe pas mais qu’il a envie de croire. Bref, il fabrique une rumeur. La rumeur du lien vaccin-diabète. Ce n’est pas du doute, c’est de la suspicion. Rêver un lien entre des phénomènes distincts, ce n’est pas faire preuve d’esprit critique, c’est tordre le réel pour lui donner l’apparence qui nous va bien ; c’est croire qu’on sait, sans savoir qu’on croit.