Il y a dans cette phrase de Vincent Duluc une ironie glaçante. Elle commence comme un inventaire absurde, presque burlesque, avant de se transformer en réquisitoire.
Ce qui devrait être une fête populaire mondiale apparaît soudain comme le symbole de toutes les dérives contemporaines : marchandisation à outrance, confusion entre sport et politique, inégalités d’accès, préoccupations sécuritaires, enjeux migratoires, impératifs publicitaires et renoncements éthiques.
La Coupe du monde a toujours été plus qu’un tournoi. Elle est un moment où des peuples qui ne se parlent pas se regardent autrement, où un enfant croit encore qu’un ballon peut suspendre les querelles du monde. Mais lorsque le prix des places exclut les supporters, lorsque la diplomatie s’invite dans la composition des tribunes, lorsque la logique commerciale dicte jusqu’au rythme du jeu, c’est l’esprit même de cette compétition qui vacille.
Le plus troublant, dans le texte de Duluc, n’est peut-être pas la colère. C’est la résignation qui affleure derrière l’ironie : cette impression que, malgré tout cela, le spectacle continuera, parce qu’il est devenu trop grand pour être arrêté et trop rentable pour être remis en question.
Le football survivra sans doute à cette Coupe du monde. Il a survécu aux dictatures, aux scandales et aux intérêts privés. Mais il lui faudra retrouver ce qui faisait sa grandeur : l’idée qu’avant d’être un produit, il était un jeu ; avant d’être un marché, il était une passion ; avant d’être un outil d’influence, il était une rencontre entre les peuples.
Sinon, il ne restera qu’une immense machine à divertir, parfaitement huilée, extraordinairement lucrative… et désespérément vide.
Comme l’écrit Duluc, la formule est mordante : « LA COUPE DU MONDE, VRAIMENT, VA ÊTRE UNE BELLE FÊTE. » Une phrase qui ressemble moins à une promesse qu’à un immense soupir. 😮💨