Sur le plan strictement juridique, Abdoulaye-Sabre Fadoul a raison. Retenir des crédits votés pendant des mois sans justification valable, ça ressemble à de l’abus de pouvoir. La seule exception acceptable : une crise de trésorerie majeure, globale, et officiellement notifiée au Conseil des ministres.
Ce qui rend sa sortie particulièrement crédible, c’est qu’elle ne vient pas d’un opposant de salon. Abdoulaye-Sabre Fadoul a "tenu les cordons de la bourse" à deux reprises. Il connaît par cœur les vraies contraintes techniques… et il sait très bien faire la différence entre un manque réel d’argent (le père des "16 mesures") et un blocage politique déguisé.
Alors, le ministre des Finances jouerait-il les censeurs ? En principe, son job c'est d'exécuter la loi de Finances. Mettre les crédits à disposition des ministères qui en ont besoin.
Lui, c’est le comptable de la caisse. Les autres ministres sont les "ordonnateurs". Ce sont eux qui décident des dépenses. Le comptable vérifie que tout est régulier (pièces justificatives, crédits disponibles) mais il n’a pas à juger si la dépense est « opportune » ou pas. Ce n’est pas son rôle.
Évidemment, il a le pouvoir de "régulation budgétaire". Les recettes de l’État, surtout quand elles dépendent du pétrole (en partie confisqué par Glencore) et du "Allaro international", sont fluctuantes. Inscrire une somme au budget ne veut pas dire qu’il y a l’argent liquide le jour même. Le Trésor tchadien doit alors prioriser : salaires, dette, sécurité, conférences et voyages "m-as-tuvistes", achats de grosses cylindrées... pour éviter que tout s’effondre dans un système guidé par des dépenses somptuaires pour le seul plaisir de ceux qui dirigent. C’est légitime… à condition que ce soit justifié par la trésorerie réelle, transparent, et sans traitement politique sélectif.
Or, c’est exactement ce que dénonce Abdoulaye Sabre Fadoul, lui-même ancien ministre des Finances. En affirmant que le ministre des Finances a « plus de force que la loi », il l’accuse d’exercer un pouvoir personnel, opaque, en bloquant le fonctionnement des ambassades et le paiement des diplomates tchadiens à l’étranger.
Et ce n’est pas nouveau. Succès Masra, alors qu’il était Premier ministre, avait déjà essuyé plusieurs refus de la part du même ministre des Finances. Des parlementaires se sont également plaints publiquement du ministre des Finances. Ce qui se passe aujourd’hui n’est donc pas un incident isolé.
Ce genre de clash public, à ce niveau de l’État, reste rarissime. Et ça en dit long sur la frustration accumulée face à une gestion centralisée perçue comme opaque et sélective.