Thomas Porcher était sur France Inter ce matin pour expliquer que la valorisation de SpaceX n'a pas de sens.
Petit problème : sa carrière entière est une étude longitudinale sur le coût de parier contre l'industrie américaine.
Ouvrons les archives.
2013, Porcher publie "Le mirage du gaz de schiste". Sa thèse : la révolution du schiste est une illusion de lobbies. Il qualifie même d'idiotes les prévisions annonçant que les États-Unis deviendraient premier producteur mondial de pétrole.
Réalité : les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole et de gaz de l'histoire. L'Europe entière dépend aujourd'hui de leur GNL pour se chauffer. Le "mirage" alimente le continent qui l'a moqué.
2018, il persiste : il n'a "jamais cru" que les hydrocarbures de schiste étaient une révolution. Cinq ans après son livre, dix ans avant que la France ne supplie les méthaniers texans d'accoster au Havre.
Sur la dette, même méthode. 110 % du PIB ? "Pas un problème", l'État a des actifs en face. C'est le raisonnement d'un homme qui n'a jamais signé un bilan, jamais rencontré un créancier, jamais eu à faire une paie un 28 du mois.
Le libre-échange ? Une théorie "conçue pour dominer les pays pauvres". Dites ça à la Corée du Sud, à la Pologne, au Vietnam, à tous les pays que l'ouverture commerciale a sortis de la misère en une génération.
Et aujourd'hui donc, SpaceX. Une entreprise qui a divisé le coût du kilo en orbite par 10, qui lance plus de masse que tous les États de la planète réunis, dont Starlink connecte 6 millions d'abonnés avec des revenus récurrents.
L'IPO du jour : 75 milliards levés, 2,5 fois le record de Saudi Aramco. Clôture au-dessus des 2 000 milliards de valorisation. Le marché, c'est à dire des millions d'acteurs qui engagent leur propre argent, a tranché.
Face à ça, l'analyse de plateau : "c'est une bulle". C'est toujours une bulle. Le schiste était une bulle. Tesla était une bulle. Amazon était une bulle. La seule chose qui ne dégonfle jamais, c'est le temps d'antenne de ceux qui se trompent.
Voilà la différence fondamentale. Musk engage son capital, ses nuits, sa réputation, et il est sanctionné par la réalité à chaque lancement. Porcher engage une opinion, et il est récompensé par une invitation la semaine suivante. L'un paie ses erreurs, l'autre les recycle.
Hayek appelait ça la prétention fatale : croire qu'un esprit seul peut juger ce que des millions d'acteurs décentralisés savent collectivement. Le prix de SpaceX n'est pas une opinion, c'est une agrégation d'information que aucun économiste de studio ne possédera jamais.
Alors inclinez-vous. Pas devant Musk l'homme, mais devant ce que ce type d'entrepreneur prouve : que le risque, le capital et l'obsession industrielle créent en 20 ans ce que les commentateurs déclarent impossible depuis 50.
Les entrepreneurs construisent la boutique. Le minimum, c'est de les laisser la gérer.
Elon Musk introduit SpaceX en Bourse, en visant une valorisation à 1 800 milliards de dollars. Des chiffres (littéralement) astronomiques sur lesquels nos spécialistes économiques Thomas Porcher (
@PorcherThomas) et Dominique Seux (
@dseux) ne sont évidemment pas d'accord : si l'un salue la prise de risque, l'autre déplore de fausses promesses et de l'argent mal investi au détriment d'autres grands défis de l'Humanité.
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