Le voile féminin chrétien à la messe est aux antipodes du voile islamique, auquel certains détracteurs le comparent. Pour répondre à l’interdiction de convoiter la femme d’autrui, l’islam tend à couvrir la femme elle-même, faisant peser sur elle la responsabilité du regard masculin. Le voile catholique, au contraire, n’a jamais eu cette signification.
Limité à l’église, ne couvrant pas intégralement les cheveux et ne prescrivant aucun tissu particulier, il exprime avant tout une réalité spirituelle et liturgique. Il honore la femme, lui confère une dignité particulière et l’insère dans l’ordre voulu par Dieu.
La dernière mention explicite du voile féminin dans le droit canonique figure dans le Code de 1917, au canon 1262 : « Lorsque les fidèles assistent aux fonctions sacrées, soit dans l’église, soit hors de l’église, les hommes doivent avoir la tête découverte [...] les femmes, quant à elles, doivent être modestement vêtues et avoir la tête couverte, surtout lorsqu’elles s’approchent de la table eucharistique. »
Puis vint le concile Vatican II, qui ne se voulait pourtant pas dogmatique, mais dont les conséquences furent considérables. Pendant le concile, des journalistes demandèrent à Mgr Bugnini si les femmes devaient continuer à se couvrir la tête. Il répondit simplement que la question n’avait pas été abordée. Cette réponse fut interprétée comme un abandon de la pratique et relayée ainsi dans la presse internationale. À partir de ce moment, la majorité des femmes catholiques cessèrent de porter le voile à l’église.
Dans le Code de droit canonique de 1983, l’obligation n’est plus mentionnée. Il ne s’agit pas d’une abrogation explicite, mais, dans les faits, l’usage a disparu presque partout. En cas de doute sur la loi applicable, une obligation stricte ne peut plus être imposée.
Autrement dit, le fait de ne pas porter le voile ne constitue plus aujourd’hui une matière de péché en soi (sauf circonstances particulières de scandale), mais demeure une pratique vivement recommandée, au même titre que d’autres coutumes traditionnelles qui ont cessé d’être obligatoires sans avoir été
formellement interdites. Il est d’ailleurs frappant de constater comment certaines pratiques de la tradition catholique, sans jamais être officiellement supprimées, ont progressivement disparu par simple désuétude.
Aucune norme ecclésiastique n’a jamais précisé la forme exacte du voile. L’essentiel était d’entrer dans l’église la tête couverte. C’est pourquoi la majorité des populations chrétiennes utilisèrent simplement des châles, foulards, mantilles, chapeaux ou autres couvre-chefs. Seuls certains pays, notamment l’Espagne et l’Italie, développèrent des voiles spécifiques, plus élégants et réservés à cet usage, comme signe supplémentaire du respect dû à la maison de Dieu. En Italie, une coutume sociale se répandit même : le blanc pour les jeunes filles célibataires, le noir pour les femmes mariées ou veuves.
De nombreuses femmes témoignent des bienfaits spirituels liés à cette pratique :
le voile favorise le recueillement et aide à se souvenir que l’on se trouve dans un lieu sacré ;
il constitue une forme discrète d’apostolat, rappelant la continuité de la Tradition de l’Église ;
il encourage à progresser dans la modestie chrétienne et dans la cohérence de la tenue vestimentaire ;
il contribue à la dignité et au caractère sacré des cérémonies religieuses, particulièrement dans les églises très fréquentées par les touristes.
Terminons par celle qui demeure le modèle de toute femme chrétienne : la Très Sainte Vierge Marie. Dans l’iconographie chrétienne, elle est presque toujours représentée voilée. Elle est l’Arche de la Nouvelle Alliance, le Vase spirituel, la Mère du Verbe incarné. En portant le voile, la femme chrétienne imite Marie et affirme discrètement sa vocation propre, celle de gardienne et de transmettrice de la vie, sous le regard de Dieu.
Le voile féminin à la messe : sens et histoire d'une tradition catholique :
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