La séquence surréaliste anti-indépendantiste de La Presse continue.
J’ai lu ce matin l’éditorial de Stéphanie Grammond, où elle parle de l’importance de créer des ponts plutôt que de parler de référendums, comme le font les Québécois et les Albertains. Elle tente de dépeindre négativement les mouvements indépendantistes en les présentant comme des sources de division, pour ensuite faire un parallèle invraisemblable avec l’incapacité du Canada à s’entendre sur des règles commerciales internes assouplies. À La Presse, il ne faudrait surtout pas voir la vérité en face : dans ce pays-là, il y a autant d’intérêts divergents qu’il y a de provinces.
Ce procédé n’a rien de nouveau. C’est le genre de texte qu’on peut souvent lire dans La Presse, qui ne se gêne pas pour afficher son caractère foncièrement fédéraliste et anti-indépendantiste.
On l’a vu dès le 27 mars, quand Francis Vailles s’est fendu d’un texte cherchant à démontrer l’existence d’un trou de 27 milliards que le Québec aurait avec le fédéral, un argumentaire bancal facilement démonté par mon ami et ancien collègue Nicolas Marceau.
La séquence s’est poursuivie le 5 avril, lorsque Stéphanie Grammond nous a servi un dossier sur le Brexit expliquant que les indépendantistes britanniques seraient en fait la cause de la montée des mouvements anti-immigration. Donc, des indépendantistes qui seraient intolérants et extrémistes : c’est surprenant.
Le 14 avril, Yves Boisvert écrit une chronique complète pour établir des parallèles douteux entre PSPP et Trump, chronique qu’il conclut ironiquement en se défendant de vouloir dire que PSPP serait trumpiste.
Le 5 mai, Stéphanie Grammond insinue qu’il existerait une possible ingérence russe dans le mouvement indépendantiste québécois sans même avancer l’ombre d’une preuve.
Le 26 mai, Michel C. Auger écrit une chronique lunaire inventant « un malaise » au sein du Parti québécois autour de ce « virage à droite » allégué. S’appuyant moins sur de réels témoignages ou observations de terrain — un terrain qu’il ne fréquente plus depuis longtemps —, il aligne les procès d’intention et les distorsions de la réalité pour commenter ce qui reviendrait, selon lui, à « bazarder » l’héritage social-démocrate des anciens chefs du PQ.
Il s’agit d’éditoriaux et de chroniques, donc de textes subjectifs, mais qu’on ne peut analyser sans tenir compte des reportages, également parus dans La Presse, qui tentent désespérément de faire porter au Parti québécois le poids d’un rapport des OUI Québec qui ne parle pas de lui, ou encore de prétendre qu’on aurait cherché à bousculer les chefs autochtones en les consultant sur le contenu du Livre bleu.
Et pendant ce temps, on continue de chercher les chroniques ou les éditoriaux qui viendraient faire contrepoids au point de vue inconditionnellement fédéraliste que La Presse se gêne de moins en moins de mettre en vitrine.
Bref, il y a toujours eu dans La Presse un manque d’équilibre quand vient le temps de commenter la question nationale. Dans ce contexte, la seule chose qu’on puisse faire est de démontrer le biais fédéraliste de ce journal et de sensibiliser la population à cette posture sans équivoque.