Tout le monde connaît Leila Shahid. Il y a 20 ans à ses côtés je voyais les passants l’arrêter pour un autographe ou une photo. Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone. C’est elle qui m’a convaincu de rejoindre la diplomatie ou comme elle le disait, d’avoir l’honneur de représenter une cause et un peuple.
J’ai eu l’honneur de servir à ses côtés, d’apprendre à ses côtés, de côtoyer sa grandeur d’âme et de cœur et de voir comment elle porte en elle les aspirations et les souffrances de son peuple.
Si universelle et si palestinienne. Si vraie, si naturelle, brisant sciemment les codes de la diplomatie tout en étant une diplomate par excellence. Sa voix s’est confondu avec celle de son peuple. Une voix pour la justice, pour la liberté, pour la paix.
Je l’ai vu face aux menaces et aux attaques faire preuve d’un courage remarquable physique et politique.
Proche de tout le monde, elle était dans un environment familier parmi l’élite intellectuelle et politique et parmi les gens les plus démunis. Humaine. Les gens lui importaient vraiment. Pas par calcul ou pour les apparences. Mais parce qu’elle était de tous les mondes et consciente de la vie, du potentiel et de la tragédie des gens qui les habitent.
Elle était resté militante tout en étant diplomate, sans jamais renoncer ou renier quoique ce soit de sa vérité. Elle croyait à la justice comme fondement de tout engagement. Elle croyait au pouvoir rédempteur de la culture et de l’art.
Ce monde nouveau n’était pas compatible avec qui elle était. Voir son peuple se faire massacrer nuit et jour était par delà sa force que je croyais pourtant infinie.
Elle avait un certain nombre de fils et fille adoptives au cours de sa vie. Elle m’appelait le premier d’entre eux, un des titres les plus importants de ma vie. Elle pèse dans la vie de tellement de gens qui ont eu la chance de la connaître. Nous sommes nombreux à lui devoir tant. Elle a des amis partout dans ce monde.
Elle continuera à nous inspirer et à vivre en nous maintenant qu’il nous revient de porter ce fardeau de l’espoir devenu trop lourd pour elle.