Quand on prétend mêler Dieu à la loi des Hommes...
Au Sénégal, la nouvelle loi contre l'homosexualité a déjà fait un condamné. Un jeune homme, de 24 ans, qui s’appelle Mbaye Diouf. Il est ouvrier. Conducteur d’engins lourds à Yeumbeul, dans la région de Dakar. Le 13 avril dernier, il a écopé de 6 ans de prison ferme pour « acte contre nature », c’est le chef d’accusation pour des relations homosexuelles. Je vous passe les détails sordides de son arrestation dix jours plus tôt, en pleins ébats, avec délation et captation vidéo par un voisin. Je vous passe les détails mais, de toute façon, arrêter des hommes ou des femmes pour une relation entre adultes consentants, c’est toujours en soi sordide.
Six ans de prison ferme. Plus une amende. C’est donc le premier jugement après la nouvelle loi promulguée le 31 mars au Sénégal, portée par le premier ministre Ousmane Sonko lui-même, lequel a comparé l’homosexualité à une « gangrène », et présenté sa loi comme un acte de "souveraineté culturelle" – selon une lecture très en vogue qui prétend que l’homosexualité serait une invention de l’Occident décadent, qui l’exporterait aux Africains.
Alors. En plus de prévoir des peines de prison de cinq à dix ans pour actes « contre nature », la nouvelle loi entend également sanctionner pénalement ce qu’elle nomme « la promotion des LGBT ». Une disposition qui vise clairement à intimider ceux qui voudraient critiquer la loi, et défendre les droits des homosexuels.
Malgré tout, il y a toujours des voix qui s'élèvent. Des valeureux. Des indociles. Des pour qui dire la vérité passe avant la peur. Par exemple : la grande Fatou Diome, romancière et essayiste franco sénégalaise, laquelle, lors d’une conférence en Belgique le 4 avril dernier, a dénoncé, je cite, « la fumisterie de ceux qui en Afrique prétendent que l’homosexualité vient d’ailleurs » . « C'est, dit Fatou Diome, se couper de la société humaine. » Et la romancière de poursuivre qu’elle aimerait, « exactement comme la laïcité, où on laisse les gens tranquilles avec leur foi, leur manière de croire et de pratiquer », elle aimerait « qu’on accorde la même chose aux humains dans leur lit. »
Ce rapprochement entre laïcité et droits des homosexuels n’est pas anodin. Car la nouvelle loi sénégalaise pénalisant durement les actes désignés comme « contre nature » a été déposée sous la pression directe d’organisations islamiques qui demandaient ce durcissement depuis longtemps.
Ce qui se passe au Sénégal – pays souverain, là n’est pas la question – est en quelque sorte une piqûre de rappel universelle : quand on prétend mêler Dieu à la loi des hommes, à la loi de la cité, ce n’est jamais une bonne nouvelle. Ni pour les homosexuels. Ni pour les femmes. Et, à la fin, en vérité, ce n’est jamais une bonne nouvelle pour personne.