Monsieur Hervouet,
Jâai entendu vos propos sur CNEWS : « La France a perdu le Mali, et nous on a Bally Bagayoko, un maire malien en France. »
Je veux vous répondre avec calme, mais avec clarté.
Je suis un Ă©lu de la RĂ©publique française. Je suis Français. NĂ© de lâhistoire de lâimmigration, certes, fier de mes origines familiales, Ă©videmment, mais pleinement Français et pleinement lĂ©gitime dans les responsabilitĂ©s que les citoyens mâont confiĂ©es par le suffrage universel.
En me qualifiant de « maire malien en France », vous ne parlez pas seulement de moi. Vous dites Ă des millions de Français issus de lâimmigration quâils resteraient Ă©ternellement renvoyĂ©s Ă une origine, quelle que soit leur place dans la sociĂ©tĂ©, leur engagement ou leur attachement Ă la RĂ©publique.
Ce qui est Ă©galement prĂ©occupant, câest que ce type de propos est devenu si frĂ©quent sur CNEWS quâil est dĂ©sormais difficile de parler de simple « dĂ©rapage ». Un dĂ©rapage suppose lâexception. Or lorsque des amalgames identitaires, des sous-entendus sur la lĂ©gitimitĂ© de certains Français ou des oppositions permanentes entre origines et appartenance nationale deviennent rĂ©currents, cela rĂ©vĂšle une ligne Ă©ditoriale et un climat idĂ©ologique plus profonds.
Cette banalisation est dangereuse pour le dĂ©bat public. Elle nourrit la suspicion, fracture la communautĂ© nationale et installe lâidĂ©e quâil existerait des Français plus lĂ©gitimes que dâautres.
Cette vision est une impasse.
Elle lâest aussi dans notre rapport Ă lâAfrique.
Depuis plusieurs annĂ©es, les peuples africains expriment une aspiration profonde Ă ĂȘtre respectĂ©s comme des partenaires souverains, traitĂ©s dâĂ©gal Ă Ă©gal, et non plus comme dâanciennes colonies sur lesquelles la France conserverait une forme de tutelle politique, militaire ou culturelle.
La France doit entendre ce message. Notre pays ne peut plus penser sa relation avec le continent africain Ă travers les rĂ©flexes dâune autre Ă©poque. Le temps du paternalisme et des logiques postcoloniales est rĂ©volu. Une nouvelle doctrine diplomatique doit Ă©merger : fondĂ©e sur le respect mutuel, la coopĂ©ration Ă©quilibrĂ©e et la reconnaissance pleine des souverainetĂ©s africaines.
Le Mali nâa pas Ă©tĂ© « perdu » comme on perdrait un territoire ou une possession. Le Mali est un Ătat souverain. Et si les relations entre nos deux pays traversent aujourdâhui une crise profonde, cela doit nous conduire Ă rĂ©flĂ©chir avec luciditĂ© sur les erreurs commises et sur la nĂ©cessitĂ© de reconstruire des liens plus justes.
Faire le parallĂšle entre cette situation gĂ©opolitique et mon Ă©lection comme maire en France rĂ©vĂšle prĂ©cisĂ©ment le problĂšme : lâidĂ©e persistante que des Français comme moi seraient toujours perçus Ă travers le regard de lâancienne relation coloniale.
Je refuse cette assignation.
Je suis un Ă©lu français. Je sers la RĂ©publique française. Et je continuerai Ă dĂ©fendre une France fidĂšle Ă ses principes : lâĂ©galitĂ©, la citoyennetĂ© et le respect de la dignitĂ© de chacun.