Et c'est son dernier paragraphe le plus important. On n'investit pas, on parie. À court terme.
Ce n’est pas tant les capitalisations des boîtes cotées qui posent problème à mon sens, car, il a raison, elles ont un business modèle de base solide, une croissance énorme, même si il leur faudra faire attention à leurs niveaux de Capex si elles ne veulent pas mettre à mal leur leverage. Et les marchés les attendent au tournant sur la création de valeur via ces Capex : on ne peut pas investir des centaines de milliards par an puis générer des marges médiocres… si les résultats ne se montrent pas, les marchés corrigeront sévèrement. Même si il y a de la marge, encore une fois, on parle de boîtes solides de base.
Je suis par contre plus inquiet pour tout cet écosystème de startups non cotées, survalorisées pour beaucoup, par des VCs et autres investisseurs qui pensent avoir trouvé un free money glitch. Certaines, entre autres Anthropic, SpaceX, OpenAI, entreront en bourse et seront alors jugées sur leurs réelles performances (après une mania des investisseurs retail qui post IPO se rueront sur ces actions par pur FOMO). A voir dans quelle mesure ces boîtes parviennent alors à convaincre les marchés que leur valorisation est justifiée. Je ne suis pas méga inquiet, elles tiendront le coup, même si leur valo pourrait corriger un peu. Mais business model en partie prouvé, des sponsors solides, un leadership présent, et une grosse visibilité.
Puis il y a toutes les autres dans lesquelles les fonds, et les fonds de fonds, ont investi des millions voire des milliards à des capitalisations outrancières. Notamment pour s’exposer au secteur lorsque l’accès aux mastodontes leur était impossible, en espérant avoir trouvé la nouvelle pépite. Ces boîtes sont plus inquiétantes : nombreuses sont celles qui disparaîtront, engloutissant des investissements monstrueux au passage.
Ce ne serait pas grave si derrière ces fonds il n’y avait pas de fonds de pension, des assureurs, du private credit parfois pour ceux qui y ont accès, des fonds souverains (en particulier au Moyen Orient). Mais aussi tous les géants de la tech : on le voit bien avec notamment Google, Amazon, ou encore Nvidia qui mettent des gros tickets dans certaines levées.
Si tous ces acteurs commencent à prendre de grosses pertes, ça aura un impact plus global. Ce n’est pas tant que la startup X ou Y qui avait levé Z millions pour une valo de quelques milliards échoue et fasse faillite. C’est plus l’effet domino quand y’en aura des dizaines comme ça qui entraîneront un sacré retour de bâtons pour ces institutions, qui elles sont couvertes par les banques…
Sans compter tous les investissements infra, en data centres. Pour le coup, les banques sont très exposées. Et il y a un aspect circulaire dans ces investissements qui n’est pas sain : telle startup utilise les fonds de telle grosse boite pour investir dans des puces de cette même boite.
Je ne parlerai peut être pas de risque systémique comme on a pu voir en 2008, la régulation a notamment aidé, mais on va au devant d’une potentielle crise. Notamment autour du private credit (et ça a d’ailleurs commencé).
Ayant dit tout ça, nuançons un peu : je ne dis bien entendu pas que toutes ces valos sont absurdes. Loin de là. Mais on a assisté à un phénomène de FOMO institutionnel qui a contribué à certaines prises de risques un peu insensées. C’est une des raisons pour lesquelles je trouve que l’ouverture du PE au retail est dangereux : leurs termes seront forcément beaucoup moins bons que les institutionnels, mais peu le remarqueront et beaucoup se laisseront emporter par l’engouement.
D’autant plus dans le monde d’aujourd’hui où la course à l’argent “facile” est reine (cf ce qu’on a vu ces dernières années en crypto avec les memecoins notamment) et l’impression que, si on n’est pas millionnaire à 30 ans, la vie ne vaut pas le coup d’être vécue : les investissements des particuliers ressemblent de plus en plus à des paris. Ce qui explique d’ailleurs la popularité de plateformes comme Polymarket. Mais là n’était pas mon sujet.