Glucksmann ou le macronisme sous cellophane recyclable
Je viens de regarder le premier meeting du grand libéral mou : Raphaël Glucksmann. J'ai survécu. Mais je tiens à remercier ma cafetiÚre, sans laquelle cette expérience aurait nécessité l'intervention d'une équipe médicale.
Le slogan de la soirée ? "Gagner en 2027."
Une formule ambitieuse pour quelqu'un qui n'est officiellement candidat Ă rien. C'est un peu comme rĂ©server l'ĂlysĂ©e sur Airbnb avec un CB dĂ©robĂ©e Ă François Hollande !
Le décor était à l'image du projet : blanc, vide et vaguement géométrique. Une sorte de salle d'attente IKEA pour électeurs centristes en transition énergétique. Dans le public, beaucoup de visages rassurés. Le genre de personnes qui trouvent que la France va mal mais qu'il ne faudrait surtout rien changer de trop brutal. Des gens qui veulent une révolution, à condition qu'elle soit homologuée par Bruxelles, validée par Bercy et compatible avec leur leasing Tesla.
Puis Glucksmann est arrivĂ©. Et lĂ , mystĂšre. Comment un homme peut-il parler de combat politique avec l'Ă©nergie d'un audioguide de musĂ©e un mardi pluvieux ? MĂȘme ses applaudissements semblaient demander une dĂ©rogation administrative.
Le discours commence par les menaces du monde. La Russie.
La Chine. Trump. Elon Musk. TikTok. En revanche, sur Gaza, silence radio. Pas un mot sur le gouvernement nazi de Benyamin Netanyahou... Visiblement, certaines tragédies internationales sont plus internationales que d'autres.
Vient ensuite le programme. Enfin... le mot est peut-ĂȘtre un peu fort. Disons une succession de phrases auxquelles personne ne peut ĂȘtre opposĂ©. Du style : "La dĂ©mocratie, c'est bien", "L'Ă©galitĂ©, c'est important", "La paix, c'est prĂ©fĂ©rable Ă la guerre", "Les gens devraient ĂȘtre gentils entre eux"...
à un moment, je me suis demandé si je n'étais pas en train d'assister à l'élection de Miss France. Il ne manquait plus que :
- Et votre mesure phare pour le pays ?
- Je souhaite un monde oĂč chacun trouve le bonheur."
Merci, Raphaël. Les économistes peuvent rentrer chez eux.
Sur les salaires ? Rien.
Sur le partage des richesses ? Rien.
Sur les retraites ? Rien.
Sur les institutions ? Rien.
Sur le pouvoir des grandes fortunes ?Rien.
Mais rassurez-vous : il y aura probablement davantage de voitures électriques.
Comment les gens les paieront ? Détail technique.
Le vĂ©ritable talent de Glucksmann consiste Ă rĂ©ussir l'exploit de se prĂ©senter comme l'alternative au macronisme tout en donnant l'impression d'ĂȘtre sa mise Ă jour logicielle.
Macron 1.0 promettait la modernitĂ©. Glucksmann 2.0 promet la modernitĂ© responsable. MĂȘme moteur libĂ©ral. MĂȘme croyance dans l'Europe comme solution automatique Ă tous les problĂšmes.
MĂȘme fascination pour les grandes dĂ©clarations morales. MĂȘme allergie aux rapports de force sociaux. On change la couleur de l'emballage, mais le produit reste Ă©tonnamment familier.
La soirée s'est terminée entre drapeaux tricolores, Marseillaise et embrassades soigneusement calibrées pour les photographes. J'ai bien cru que Jadot (dont la mauvaise haleine est indéniable) allait lui rouler une pelle et lui mettre la main aux fesses...
Le message était clair :
"Ne vous inquiĂ©tez pas. Rien de dangereux ne sortira de cette scĂšne." Et c'est peut-ĂȘtre lĂ le problĂšme. Ă force de vouloir rassurer tout le monde, on finit parfois par ne plus proposer grand-chose. Ă force de vouloir incarner le changement sans effrayer les marchĂ©s, on finit par vendre du neuf avec les vieilles piĂšces. Au fond, ce meeting ressemblait Ă un concept assez simple :
"prendre Emmanuel Macron, retirer le café, doubler la dose de communication européenne, puis servir le tout sous une étiquette social-démocrate." Le résultat est poli. Présentable.
Médiatiquement compatible. Mais pour qui cherche un projet de rupture avec les logiques libérales qui ont façonné le pays depuis trente ans, la démonstration ressemblait surtout à un long tunnel de slogans sans mode d'emploi.
(Marc Arnaud)