Ils veulent nous entraĂźner dans leur mort.
Le ministre de lâintĂ©rieur, le prĂ©sident du Tribunal judiciaire de Paris StĂ©phane NoĂ«l, le Procureur GĂ©nĂ©ral de la RĂ©publique, enfin le premier prĂ©sident de la cour dâAppel de Paris, ont, dâun seul tenant, demandĂ© mon Ă©limination judiciaire dĂ©finitive au bĂątonnier de Paris.
Lorsque les plus hautes autoritĂ©s dâun pays, toutes nommĂ©es par la mĂȘme personne, se regroupent pour exiger, en un mĂȘme mouvement, lâĂ©limination dâun simple avocat, dĂ©fenseur des principaux opposants politiques du pays, câest que quelque chose est en train de se jouer au sein de nĂŽtre sociĂ©tĂ©.
Jamais une telle agglomĂ©ration de pouvoirs ne sâĂ©tait, en France, rĂ©unie pour abattre un avocat.
Et jamais ne lâavait-elle fait pour des motifs aussi pitoyables et rĂ©vĂ©lateurs de leur dĂ©perdition.
Je vous demande Ă tous dâĂȘtre trĂšs attentifs Ă ce qui va suivre. Car nous sommes tous concernĂ©s.
Jâai 35 ans. Vous le savez. Jâai Ă©tĂ©, et demeure, le reprĂ©sentant de personnes qui ont risquĂ© leur vie pour sâopposer au pouvoir en place, et protĂ©ger ceux que ce pouvoir ciblait.
Je lâai fait, le plus souvent, gratuitement. Je nâai, jamais, au cours de mon parcours, concĂ©dĂ© Ă la moindre faute Ă©thique, juridique ou politique.
Des gilets jaunes au convoi des libertĂ©s en passant par les opposants Ă la Françafrique, dâOusmane Sonko Ă Kemi Seba en passant par les Grands frĂšres et Trop Violanâs, Wikileaks et une infinitĂ© de citoyens qui se sont vu injustement accusĂ©s, poursuivis, par Macron, Darmanin et tant dâautres, jâai luttĂ© Ă leurs cĂŽtĂ©s.
Au procĂšs de lâattentat de Nice auprĂšs de victimes et contre lâhypocrisie de ce procĂšs Potemkine au service de lâimpunitĂ© dâEtat, aux cĂŽtĂ©s de Piotr Pavlenski, dâune infinitĂ© de gilets jaunes, toujours aux cĂŽtĂ©s de ceux qui, exerçant leurs droits, exigeaient des comptes aux politiciens de notre temps.
Jâai fait face Ă des cabinets dâavocat qui brassaient des millions, Ă un appareil dâĂtat dĂ©chainĂ©, Ă des confrĂšres corrompus jusquâĂ la moelle, Ă des magistrats qui obĂ©issaient, aveugles, frappant sans vergogne les plus fragiles de la sociĂ©tĂ©.
De Bernard Cazeneuve Ă Didier Lallement en passant par Bernard Arnault et Xavier Niel, Emmanuel et Brigitte Macron, Gabriel Attal, GĂ©rald Darmanin, Benjamin Griveaux, jâai menĂ© contre les plus puissants de nos terres une infinitĂ© de combats judiciaires pour dĂ©fendre les plus faibles de notre sociĂ©tĂ©.
En dehors des tribunaux, cela a été encore pire.
Il est difficile de concevoir ce que, aprĂšs sâĂȘtre attaquĂ© Ă la CIA et lâempire Ă©tats-unien aux cĂŽtĂ©s de Wikileaks et Julian Assange, cela fait de sâattaquer aux maĂźtres de son propre pays.
Ce que cela fait, dĂšs lâĂąge de 26 ans, que dâĂȘtre fichĂ© et suivi par la DGSI, jusquâen des dĂ©placements Ă lâautre bout de la terre, pour dĂ©fendre des ĂȘtres qui nâavaient pour tort que de penser et de rĂ©flĂ©chir.
Ce que cela implique que dâaller traquer la corruption jusquâaux trĂ©fonds du Centrafrique, en des mines abandonnĂ©es dâAREVA ayant englouti 4 milliards dâeuros ; traverser sur une boutre la mer rouge pour se rendre auprĂšs des Houthis au YĂ©men, dĂ©fendre des victimes palestiniennes Ă la Cour pĂ©nale internationale.
Puis de sâattaquer aux intouchables, Ă cette caste qui nous a frĂ©quentĂ©, invitĂ©, dorlotĂ© et chouchoutĂ©.
Ces oligarques qui, avinés, dévorent tout, avec leur appétit insatiable, leurs lippes baveuses et morbides.
Ce que cela fait que de rĂ©vĂ©ler, mĂ©thodiquement, de façon incontestable, comment ces ĂȘtres achĂštent Ă bout de bras magistrats, policiers, politiciens et mĂ©dias pour assurer leur impunitĂ©.
Ce que, aprĂšs lâavoir vĂ©cue et connue, frĂ©quentĂ©e, implique que dâexposer et de dĂ©noncer la dĂ©rĂ©liction de ces ĂȘtres, leur faillite morale, leur absence dâidĂ©es et de pensĂ©e. Leur saletĂ©.
Arrestations détentions, interdictions de sortie du territoire, surveillances, contrÎles judiciaires, procédures infinies.
Kompromats.
Placement sur les listes de TRACFIN, des principaux services de renseigment, intimidations et infiltrations.
Réquisition judiciaire de mes relevés de notes au sein des universités !
Et au-delĂ de la violence institutionnelle, la violence physique. Le passage Ă tabac, les surveillances, cambriolages, menaces.
LâenlĂšvement.
LâĂȘtre qui, glissĂ© dans votre lit, vous susurre quâelle a Ă©tĂ© envoyĂ©e.
Quâimporte. On ne se place pas aux cĂŽtĂ©s des peuples sans le payer.
Et on ne lâemporte pas sans le payer.
Par nos luttes, un pan de ce systĂšme a Ă©tĂ© Ă©branlĂ©. Avec CrĂ©puscule, nous avons contribuĂ© Ă une prise de conscience particuliĂšrement violente de lâartificialitĂ© de ce systĂšme, lâillusion dĂ©mocratique dans laquelle ils nous tenaient.
Nous nâavons, Ă cette fin, jamais fait usage dâune quelconque mĂ©thode qui pourrait nous ĂȘtre reprochĂ©e - contrairement Ă ce que lâon nâa cessĂ© de prĂ©tendre.
Toujours, dans lâĂ©thique, ajustant fins et moyens, pour ne pas leur ressembler.
Le coĂ»t a Ă©tĂ© Ă©levĂ©. MĂȘme MĂ©diapart, embarassĂ©, a pris sa part et tentĂ©, pitoyablement de se venger. Lâensemble de la presse, autrefois si langoureuse, censĂ©ment contrepouvoir, a tentĂ© se dĂ©fendre, jouissant du banquet organisĂ© par ses puissants, ne supportant pas de sâĂȘtre vue exposĂ©e en ses compromissions.
Et donc, elle sâest vengĂ©e.
Et, avec lâaide dâun certain nombre de politiciens, agences, officines, barbouzes, ont commencĂ© Ă dissĂ©miner une nombre dâinfamies telle que ma page Wikipedia fasse penser Ă celle de Gilles de Rais.
On aurait pu en rire. Mais à moins de trente, ans, il y a de quoi se voir affecté.
Les années ont passé. Nous avons grandit. Et dans ces inframondes, un peuple a commencé à se lever.
Et les choses sérieuses ont commencé.
Au point de devoir temporairement quitter ce pays pour lequel on avait tout donné.
Ils me veulent mort. Et pour ce faire, ils doivent me retirer cette robe qui, loin de me protéger, me sert à accompagner tous ceux qui eux, sont déterminés à les faire tomber.
Aujourd'hui, pour la premiÚre fois de l'histoire du Barreau, l'ensemble de l'establishment judiciaire se lÚve contre un avocat, pour le déchoir.
170 pages de saisine disciplinaires pitoyables, aprÚs une premiÚre procédure avortée.
Avec pas moins de dix motifs. Tous plus futiles les uns que les autres.
Tous plus dérisoires.
Tous plus inquiétants.
Comme si, aprĂšs avoir tentĂ© de rendre monstrueux, il sâagissait dĂ©sormais, plus simplement, dâĂ©liminer.
Sans scrupules, ni limites.
VoilĂ un ĂȘtre menacĂ© dâĂȘtre Ă©crasĂ© parce quâil aurait utilisĂ© une enveloppe noire pour Ă©crire Ă un procureur, ce qui, selon mes inquisiteurs, « suggĂ©rerait une dĂ©marche menaçante et intimidante ».
VoilĂ un ĂȘtre que lâon veut Ă©liminĂ© parce quâil aurait manquĂ© d'utiliser une formule de courtoisie.
Quâil aurait commis des Ă©critures qui ont eu lâheur de dĂ©plaire au tout puissant ministĂšre de lâintĂ©rieur.
Parce quâil aurait, enfin, en des tweets, rĂ©vĂ©lĂ© que le PrĂ©sident du Tribunal Judiciaire avait exigĂ© sa tĂȘte, menaçant autrement de rompre les relations institutionnelles entre le Tribunal judiciaire et le barreau de Paris.
Rien que cela.
Ces prétextes recouvrent une réalité bien plus sinistre.
La rĂ©alitĂ©, câest que notre lutte, protĂ©iforme et quotidienne, nous a amenĂ© Ă Ă©tablir lâusage de faux et de traĂźner devant les tribunaux une procureur qui sâen Ă©tait rendue coupable.
Que nous avons dĂ©couvert et exposĂ© quâun PrĂ©sident de Tribunal judiciaire avait fait chanter un bĂątonnier en violation du secret de lâinstruction pour nous Ă©liminer.
Que nous avons réussi à éventrer un kompromat censé nous achever.
Et quâenfin, en faisant tomber des procĂ©dures entiĂšres initiĂ©es par le tout puissant PrĂ©sident de la RĂ©publique, ses ministres et affidĂ©s, nous avons protĂ©gĂ© des ĂȘtres quâils voulaient ĂȘtre Ă©liminĂ©s.
En lâune des professions et lâun des barreaux les plus corrompus du monde, oĂč lâargent liquide de la drogue et de la corruption alimentent lâactivitĂ© de milliers de confrĂšres et consoeurs en toute impunitĂ©, voilĂ les motifs pour lesquels on veut, dâun autre, se faire dĂ©barasser.
En un barreau compromis jusquâĂ la moelle par la corruption de cabinets dâaffaire qui, encore il y a quelques semaines, tentaient dâimposer leur loi Ă lâensemble des barreaux de France pour protĂ©ger leurs manoeuvres et leurs secrets, câest un avocat qui dĂ©fend Ă prix coutant des opposants, des citoyens vulnĂ©rables, qui se retrouve visĂ©.
Avoir fait tomber le rĂ©gime de Macky Sall, protĂ©gĂ© le panafricaniste Kemi Seba, dĂ©fendu depuis cinq ans tout ce que de citoyens et dâopposants se trouvaient en France et en ses colonies, si souvent gratuitement, ne saurait ĂȘtre pardonnĂ©.
Lâavoir fait en restant intĂšgre, et en montrant en miroir leur saletĂ©, câest intolĂ©rable.
Se placer du cĂŽtĂ© des plus faibles, câest accepter de voir sa vie dĂ©vastĂ©e.
Mes confrĂšres sauront retenir la leçon, et ce quâil les attend.
Pour la premiĂšre fois de lâhistoire, un des leurs est poursuivi disciplinairement pour le contenu dâĂ©critures commises auprĂšs dâune juridiction, parce quâil a eu le tort de rappeler que la dĂ©chĂ©ance de nationalitĂ© dâun panafricaniste, sur le seul fondement de ses discours, avait Ă©tĂ© prise en application dâune disposition fĂ©condĂ©e par lâauteur des accords Munich, inspirĂ©e par les dispositions sur lâindigĂ©nat issues de la colonisation, et qui ont ouvert la porte Ă la dĂ©chĂ©ance de milliers de citoyens juifs sous Vichy.
Pour des Ă©critures pour lesquelles nous bĂ©nĂ©ficions dâune immunitĂ© pĂ©nale, le Barreau me veut tombĂ©.
Je les appelle Ă ĂȘtre attentifs Ă ce que, pour des motifs et des prĂ©textes toujours plus abscons, en cette dĂ©rive, tous les principes qui permettent de dĂ©fendre notre profession soient ĂȘtre violĂ©s.
Ce qui mâarrive, en un pays qui se veut dĂ©mocratique, nâest pas anodin. Jâai, depuis six ans, fait lâobjet dâinstructions successives ayant amenĂ© Ă perquisitions, interrogatoires sur mon intimitĂ© de lâensemble de mes proches et de ma famille, placements successifs sous surveillance et sur Ă©coute, privations de libertĂ©, interdictions de sortie de territoire, par un appareil judiciaire dĂ©chainĂ©.
Quâils sâinterrogent sur ce que lâacceptation de cet Ă©tat de fait gĂ©nĂ©rera demain, non plus pour moi, mais pour tous ceux qui demain suivront.
Quâils sâinterrogent sur ce que cela peut produire que de subir trois expertises psychiatriques successives commandĂ©es par lâinstitution judiciaire, toutes non-concluantes pour ceux qui les commandaient.
De voir des juges dâinstruction se voir dĂ©signĂ©s sur des motifs tous plus futiles les uns que les autres, ordonner de fouiller tous les domaines dâun ĂȘtre au nom du droit et de lâĂ©quitĂ©.
Ce que cela peut faire, pour un ĂȘtre qui nâavait, avant 2017, jamais de rien Ă©tĂ© accusĂ©, se voir systĂ©matiquement convoquĂ©, perquisitionnĂ©, surveillĂ©.
Ce que cela peut faire, parce que lâon est avocat et Ă©crivain, de voir un appareil dâEtat se jeter sur soi comme lâombre sur la proie.
En France, en 2024.
Le 10 septembre 2024, je devais ĂȘtre radiĂ©. Pour avoir dit la vĂ©ritĂ©. Pour m'ĂȘtre dĂ©fendu.
Le 9 septembre 2024, le bĂątonnier, informĂ© de ce que je ne le serais pas, dĂ©cidait de me faire poursuivre, sans procĂ©dure ni enquĂȘte prĂ©alable, demandant ma mise en jugement aux fins de radiation.
A travers moi, ce sont des opposants, des victimes de crimes politiques français, palestiniens, guyanais, martiniquais, guadeloupéens, sénégalais, béninois, qui sont visés.
Français.
A travers moi, câest une idĂ©e de la France qui tente de vaincre contre une autre.
Une idĂ©e oĂč la vĂ©ritĂ© et lâintĂ©gritĂ© ne sont que des obstacles Ă lâavarice et lâaviditĂ©. A la laideur, le mensonge et la saletĂ©.
Je vous demande dâĂȘtre attentifs. Car ce qui se joue Ă travers moi demain sâĂ©tendra.
Ils n'arrĂȘteront pas.
Nous ne sommes rien sur cette terre, sinon les serviteurs de nos frÚres en humanité.
Craignez de ce qui se prĂ©pare, et de ce quâĂ travers moi, on sâapprĂȘte Ă mobiliser pour vous dĂ©vaster.