Anonyme : Je suis chauffeur de bus scolaire à la campagne. Chaque après-midi, je ramène à la maison une trentaine d’enfants du collège.
Au fond du bus, il y a Lucas, 11 ans. Un garçon discret, arrivé récemment dans la région. Depuis plusieurs semaines, j’avais remarqué qu’un élève plus âgé, Thomas, 14 ans, s’en prenait régulièrement à lui : moqueries, bousculades, affaires cachées ou jetées dans l’allée du car…
Au début, Lucas ne disait rien. Il baissait les yeux et attendait simplement que le trajet se termine.
Mais hier, la situation a pris une autre tournure.
Alors que nous roulions vers le dernier arrêt, Thomas a attrapé le sac de Lucas et a commencé à en sortir ses cahiers et ses feuilles. Plusieurs documents se sont retrouvés dispersés au sol du bus. Lucas a essayé de les récupérer, puis il s’est mis à pleurer.
J’ai arrêté le véhicule à un endroit sécurisé.
J’ai demandé à tout le monde de rester assis et je suis allé au fond du bus.
Le silence s’est installé immédiatement.
J’ai regardé Thomas et je lui ai dit calmement :
— Ramasse tout ce qui est tombé et aide Lucas à remettre ses affaires en ordre.
Il a d’abord essayé de plaisanter, puis en voyant que personne ne riait, il s’est exécuté.
Avant de repartir, je lui ai expliqué que ce genre de comportement n’avait pas sa place dans un bus scolaire et qu’un signalement serait fait auprès des personnes concernées.
Le trajet s’est terminé dans un silence inhabituel.
Ce matin, j’ai appris que les parents de Thomas avaient contacté la société de transport. Selon eux, j’aurais humilié leur fils devant les autres élèves.
Peut-être.
Mais quand je repense au visage de Lucas en larmes au milieu de ses cahiers éparpillés, je me demande encore ce qui aurait été le pire : intervenir ou détourner le regard.
pensez-vous qu’un adulte doit intervenir immédiatement lorsqu’il est témoin de harcèlement, même si cela risque d’être mal perçu par certains parents ?