Les socialistes s’en prennent une fois de plus au patrimoine et à la beauté de Paris. Au prochain conseil, ils veulent neutraliser la Commission du Vieux Paris, en supprimant le collège des élus.
La Commission du Vieux Paris n’est pas une commission comme les autres. Depuis plus d’un siècle, elle joue un rôle singulier : obliger la ville à regarder ce qu’elle s’apprête à transformer. Elle ne décide pas à la place du maire, elle ne bloque pas par principe. Elle donne un avis. Mais cet avis compte, précisément parce qu’il est instruit, public, pluraliste et respecté.
C’est ce qui dérange.
Sa force tient à sa composition. Experts, services de la Ville, élu•es de différents groupes politiques : ce mélange n’est pas un détail institutionnel, c’est le cœur de son équilibre. Les experts apportent le savoir historique et architectural. Les services, la connaissance des procédures. Les élus, la responsabilité démocratique et le lien avec les territoires. Or, les socialistes parisiens veulent supprimer le collège des élus. Ce ne serait pas une rationalisation, ce serait un appauvrissement. Car la Commission n’est pas seulement un lieu où l’on rend des avis : c’est un lieu où l’on apprend Paris, où les élus s’acculturent à ces questions complexes.
Ce serait d’autant plus préoccupant que la présence des élus garantit le pluralisme. La force d’un avis unanime ou quasi-unanime tient précisément à la diversité de ceux qui le portent. Quand des experts et des élus de sensibilités différentes convergent, cet avis est difficile à écarter : il engage politiquement, il oblige l’exécutif à se justifier s’il passe outre. Réduire la Commission à un cénacle d’experts, c’est lui ôter ce poids. Un avis purement technique reste un avis consultatif parmi d’autres, que la majorité peut ignorer sans coût politique.
Il y a aussi une question de légitimité. Le patrimoine n’est pas une affaire de spécialistes : c’est une décision sur la ville vécue, sur ce que les habitants transmettent ou perdent. Les élus y apportent cette dimension. Ils sont responsables devant leurs électeurs, ils connaissent les territoires. Les en exclure, c’est dépolitiser des choix qui sont, par nature, politiques. Et à Paris, où la pression foncière est considérable et les décisions souvent irréversibles, la diversité des regards est une garantie démocratique.
La mandature précédente a montré que ça fonctionnait bien. Les avis ont fréquemment permis d’améliorer les projets, d’éviter des démolitions inutiles, de faire évoluer les pétitionnaires. Ce n’est pas bloquer la ville, c’est obliger à mieux faire.
La Commission est aussi l’un des rares lieux où penser ensemble deux exigences trop souvent opposées : préserver le patrimoine et adapter Paris au changement climatique. Rénovation thermique, sobriété des matériaux, limitation des démolitions : tout cela doit être pensé en même temps. La transition écologique ne peut pas servir de prétexte à la brutalisation du patrimoine. Et la protection du patrimoine ne peut pas devenir un prétexte à l’inaction climatique. Il faudrait renforcer ce dialogue, notamment en associant plus fortement l’Agence parisienne du climat.
Enfin, il faut en finir avec un malentendu politique. Défendre le patrimoine parisien n’est pas une position conservatrice. Ce n’est pas défendre une ville figée ni une nostalgie bourgeoise. C’est défendre un bien commun. Dans une ville où tout devient cher, privatisé, marchandisé, le patrimoine demeure une richesse accessible à toutes et tous. Le défendre, c’est refuser que seuls les plus riches puissent accéder au beau et à la mémoire.
Réhabiliter plutôt que démolir. Transformer plutôt que remplacer. C’est une politique de sobriété, de mémoire et d’égalité.
Affaiblir la Commission du Vieux Paris serait une erreur institutionnelle, démocratique, écologique et culturelle. Paris a besoin d’instances capables de rappeler que nous ne sommes jamais propriétaires absolus de la ville : nous en sommes les dépositaires.