Hommage de Gaëtan Bruel, président du CNC, à Marjane Satrapi :
« C’est avec une immense tristesse que j'ai appris le décès de Marjane Satrapi.
Autrice, illustratrice, scénariste et réalisatrice, elle occupait une place singulière dans le paysage artistique contemporain. Peu de créatrices auront su comme elle transformer une histoire profondément personnelle en une œuvre capable de parler au monde entier.
Avec "Persepolis", d’abord en bande dessinée puis au cinéma, elle avait donné un visage et une voix à une génération prise entre plusieurs mondes, entre l’Iran et l’exil, entre l’histoire collective et l’émancipation individuelle. Coréalisé avec Vincent Paronnaud, le film fut consacré par le Prix du Jury au Festival de Cannes en 2007, deux César et une nomination à l’Oscar du meilleur film d’animation.
Son cinéma a ensuite poursuivi cette exploration des destins singuliers et des trajectoires de résistance. De "Poulet aux prunes" à "Radioactive", consacré à Marie Curie, en passant par "The Voices" ou "Paradis Paris", elle n’a cessé de mettre en scène des personnages refusant les assignations et cherchant leur propre chemin. Son regard, à la fois poétique, ironique et profondément humaniste, donnait à chacun de ses films une tonalité immédiatement reconnaissable.
Marjane Satrapi concevait l’art comme un espace de liberté, mais aussi comme une responsabilité. Membre de la commission de l’avance sur recettes du CNC entre 2004 et 2007, élue à l’Académie des beaux-arts en 2024, elle fut également une voix importante de la lutte pour les droits et la dignité des femmes. Cet engagement, qui traversait toute son œuvre, elle l’a prolongé par un geste collectif en dirigeant l’ouvrage "Femme, Vie, Liberté" après la mort de Mahsa Amini.
J’adresse mes pensées les plus sincères à sa famille, à ses proches et à toutes celles et ceux, innombrables, pour qui son œuvre a profondément compté ».