La CAQ souhaite étendre l'application de la loi 101 à la formation générale des adultes (FGA) et à la formation professionnelle (FP). Le PLQ s'y oppose. Québec solidaire semble avoir quelques hésitations.
C'est le débat politique de la semaine.
Petit rappel: la loi 101 ne s'applique plus à partir de 16 ans, même lorsqu'un jeune n'a toujours pas obtenu son premier diplôme de niveau secondaire.
C'est précisément cette réalité qui était au cœur de ma thèse de doctorat, portant sur les expériences d'apprentissage du français de jeunes immigrants allophones arrivés au Québec entre 13 et 17 ans.
Après plusieurs années de recherche, une conclusion s'est imposée : le principal enjeu n'est pas seulement de savoir dans quel secteur ces jeunes poursuivront leurs études.
Le véritable défi est de leur permettre d'apprendre le français, de poursuivre leur scolarité et d'obtenir un premier diplôme en français dans un délai beaucoup plus court que celui dont disposent les élèves arrivés plus jeunes.
Un jeune qui arrive au Québec à 16 ans n'a pas le même parcours devant lui qu'un jeune qui y est arrivé à 6 ans.
Pourtant, nos structures continuent souvent de les traiter comme s'ils disposaient du même temps.
Parmi les recommandations que je formulais dans ma thèse, la plus importante: réfléchir à la possibilité, pour certains jeunes immigrants allophones, de demeurer à la formation générale des jeunes (l'école secondaire) au-delà de 18 ans lorsque cela favorise leur réussite, comme c'est déjà le cas pour d'autres catégories d'élèves.
Je proposais aussi de:
• Créer des parcours de français de transition pour les adolescents arrivés tardivement au Québec dans tous CSS du Québec et dans les centres de FGA ;
• De renforcer l'accompagnement linguistique jusqu'à la diplomation;
• De déployer davantage de ressources spécialisées en francisation dans les établissements qui accueillent ces jeunes;
• De mieux arrimer les transitions entre les différents secteurs d'enseignement;
J'ajoutais également qu'il est inéquitable que les chances de réussite d'un jeune dépendent du centre de services scolaire ou de la région où sa famille choisit de s'établir. Partout au Québec, ces jeunes devraient avoir accès à des mesures comparables pour apprendre le français et obtenir leur premier diplôme.
Le débat actuel porte sur la langue d'enseignement après 16 ans.
Ma recherche m'a plutôt amenée à me poser une autre question :
Comment s'assurer que les adolescents qui arrivent au Québec en cours de parcours scolaire disposent réellement des conditions nécessaires pour réussir en français, obtenir un diplôme et participer pleinement à la société québécoise?
À mon avis, c'est une réflexion qui mérite autant d'attention que le projet de loi lui-même.
Ma thèse est disponible sur Archipel (UQAM) si ça vous intéresse :)