Hier, à la préfecture de Savoie, je me suis rendue à la réunion plénière sur la dermatose nodulaire contagieuse, les aides aux éleveurs et la vaccination, en présence de la ministre de l’Agriculture.
Et ce que j’y ai entendu m’a profondément choquée. J’ai du réécouter mon enregistrement pour être certaine d’avoir bien entendu.
Certains propos tenus, étaient d’un mépris sidérant.
Madame la ministre a osé dire, en parlant d’un agriculteur qui avait pleuré devant une caméra suite à l’abattage d’un cheptel : « Il fait son cinéma devant les journalistes ».
Et à propos des agriculteurs qui manifestaient dehors : « Ceux qui sont dehors ne connaissent pas les abattages ».
Ces mots sont inacceptables.
Car ceux qui étaient dehors, mardi, étaient présents pendant l’abattage.
Ils ont aidé. Ils ont tenu, par respect pour les bêtes, et par solidarité pour leur collègue.
Ils ont vécu l’horreur, en silence, dans la dignité. Ils n’ont pas à être insultés.
Cette réunion, censée aborder l’après-crise, n’était en réalité qu’une mascarade.
On nous parle de protéger les troupeaux, de contenir la maladie…
Et dans le même temps, on refuse de déplacer le passage du Tour de France, pourtant identifié comme un risque, parce que « c’est le Tour de France, quand même ».
Franchement… c’est ridicule.
À la fin, je suis intervenue. Calme, mais déterminée.
J’ai dit à la ministre que ces éleveurs méritaient le respect.
Je lui ai dit que moi, j’avais vu ce qu’est un abattage. Que j’avais vu des vaches saines tomber, ce mardi.
Et que oui, c’est éprouvant.
Je lui ai dit qu’avant de parler de « cinéma », il fallait regarder la souffrance dans les yeux.
Derrière la colère, il y a la souffrance des éleveurs et il faut l’entendre. Elle est réelle et profonde.
Ce qui m’attriste encore plus, c’est de constater à quel point certains responsables politiques refusent désormais de parler à une partie de nos agriculteurs.
Ils préfèrent critiquer, juger, ironiser.
Le maire d’Entrelacs, Jean-François Bressand, a lui aussi déclaré que « les larmes à la télé, c’était du cinéma »… avant de se mettre à pleurer lui-même, devant nous.
Il a ajouté que « ces gens qui s’opposent à l’abattage n’y connaissent rien ».
Mais je ne l’ai pas vu non plus, mardi, pendant l’abattage.
Voilà où on en est : des responsables qui donnent leur avis sur tout sans jamais aller sur place. Des élus qui pensent mieux connaître l’agriculture que les agriculteurs eux-mêmes.
Ce n’est pas ma conception de l’engagement.
Ils devraient se souvenir qu’on ne progresse jamais en restant enfermés entre soi.
C’est dans l’écoute, surtout de ceux qui ne pensent pas comme nous, que naît l’intelligence collective.
Et c’est là aussi que renaît parfois l’humilité.
Moi, j’ai vu. J’ai vu de belles vaches laitières tomber, l’une après l’autre.
J’ai vu des éleveurs souffrir, mais aider. Aider les bêtes à s’allonger doucement pour qu’elles ne se blessent pas. Rester jusqu’à la fin, par respect.
Et le lendemain, ils étaient déjà sur le terrain, à vacciner, à préparer la suite.
Quelle force. Quelle dignité. Quelle noblesse.
Je continuerai à me tenir à leurs côtés, quoi qu’il en coûte.