🚨 La France n’est pas encore en crise ouverte mais tous les signaux avancés commencent à pointer vers une économie qui ralentit, des ménages qui décrochent, un chômage qui repart, une inflation qui reste présente, et une instabilité politique qui rend toute trajectoire de redressement largement plus difficile.
🇫🇷 Vous connaissez le style de la maison, je déteste le French Bashing et je tâche de toujours rester optimiste, mais ce qui m’inquiète le plus aujourd'hui, c'est l’enchaînement d'une multitude d'éléments au même moment.
🧐 Déjà, la confiance des ménages vient de rechuter brutalement, très loin de sa moyenne de long terme, ce qui veut dire que les Français ne sont plus simplement prudents, ils se sont clairement mis en mode défense. Quand un ménage perd confiance, il consomme moins, reporte ses achats importants, renforce son épargne de précaution, hésite à acheter un logement voire galère à obtenir un prêt et retarde ses projets. Sauf que dans une économie comme la France, où la consommation des ménages reste un énorme moteur de l’activité, ce type de décrochage n’est jamais anodin.
📈 Aussi, le problème est que cette baisse de confiance arrive au pire moment parce que la croissance française est déjà quasiment à l’arrêt, l’inflation n’a pas disparu, et le chômage repart à la hausse. On n’est toujours pas dans une stagflation façon années 1970, mais on commence à retrouver une forme de mini-stagflation à la française avec peu ou pas de croissance, des prix qui restent suffisamment élevés pour peser sur le pouvoir d’achat, et un marché du travail qui se détériore progressivement. C’est un cocktail dangereux parce qu’il attaque à la fois les revenus, les anticipations et le moral des ménages.
📉 La mécanique est assez simple d'ailleurs. Les ménages sentent que la situation se dégrade donc ils réduisent leurs dépenses, et cette consommation plus molle pèse sur les entreprises qui deviennent plus prudentes, investissent moins, embauchent moins. Du coup, le chômage remonte et cette remontée détruit encore plus la confiance. C’est une boucle macroéconomique classique qui devient particulièrement problématique quand l’État n’a plus vraiment de marge budgétaire pour amortir le choc.
📚 Normalement, face à un ralentissement, un État peut soutenir l’économie par la dépense publique, les baisses d’impôts ou l’investissement. Sauf que la France arrive dans cette phase avec un déficit déjà très élevé, une dette publique massive, une dépense publique structurellement lourde et une crédibilité budgétaire fragilisée. Le pays entre clairement dans une phase de ralentissement avec très peu de munitions. Relancer trop fort risquerait de tendre encore davantage les taux longs et le spread contre l’Allemagne alors que ne rien faire risquerait d’aggraver le ralentissement.
🗳️ À cela on ajoute le risque politique qui devient désormais un vrai sujet économique. Les derniers sondages pour 2027 montrent un paysage très fragmenté. Bardella est très haut, le centre est affaibli, Mélenchon est capable de remonter, et aucun bloc clairement en position de porter un plan crédible de redressement budgétaire. Le sujet n’est même pas seulement de savoir qui gagnera en 2027 mais plutôt le fait que la France donne de plus en plus l’image d’un pays où il devient difficile de construire une coalition économique stable, cohérente et capable de prendre des décisions impopulaires mais nécessaires.
🤷♂️ Pour les marchés, on est face à un changement important car pendant longtemps, la France bénéficiait d’une forme de prime de confiance implicite mais cette prime n’est pas éternelle. Si les investisseurs commencent à considérer que la France peut difficilement se relever alors la dette française peut progressivement être traitée avec une prime de risque plus élevée comme un pays structurellement fragile, un peu à l’italienne : riche et important mais politiquement et budgétairement instable.
🤔 Est-ce que la France peut éviter la boucle négative confiance-consommation-emploi ou entrera-t-elle dans une phase plus durable de stagnation économique et de défiance financière ?
Quand je vois ce matin qu'on préfère débattre de la taxation de TotalEnergies et de la rémunération de Luca de Meo chez Kering plutôt que de parler productivité et dérèglementation, je me dis qu'on va faire un tour à Goblintown avant.