La violence comme repoussoir, par Debout et
@francois_ruffin
Quentin Deranque, un militant identitaire de 23 ans, a succombé à ses blessures. Nos pensées se tournent vers sa famille, ses proches, ses parents qui vivent la plus terrible des épreuves : perdre son enfant.
Quand un homme au sol est roué de coups de pieds, frappé à la tête, et qu’il en meurt, peu importe pour nous sa nationalité, sa religion ou ses convictions : notre condamnation est totale.
Chacun doit avoir des mots clairs sur la suite : pas de vengeance, pas de règlements de comptes. La haine appelle la haine, et à la fin il ne reste que des familles détruites et une société qui se déchire. Ceux qui instrumentaliseraient ce drame pour attiser les braises, pour dresser les Français les uns contre les autres, pour appeler à “répondre” par la force, ajouteraient du malheur au malheur.
Or, ni les appels à l’assassinat d’élus par un assistant RN, ni l’hommage rendu par l’extrême droite à Quentin Deranque, ce dimanche à Paris, ne sont rassurants : « Ecoutez bien ! On ne va pas se contenter de bougies et de discours larmoyants, proclame Stanislas Tyl, du collectif les Natifs, organisateur de l’événement. Je fais un serment aujourd’hui : on va vous poursuivre dans les urnes, dans les tribunaux, dans la rue… » Un autre collectif identitaire, Luminis, déclarait : « Comme Quentin, la lutte à mort nous rend joyeux. »
Nous ne mettons pas des discours et des posts Facebook au même niveau qu’un meurtre, évidemment, quiconque le ferait tomberait dans l’indécence. Mais dans le pays, depuis quelques années, attisé par les réseaux sociaux, par des influenceurs, par des groupuscules, le niveau de tension monte. Et encore davantage ces derniers jours. Les appels au calme, à la retenue, sont précieux.
Dans une démocratie, la sanction ne vient ni de Twitter ni de règlements de compte dans la rue : comme pour Clément Méric hier, elle vient du droit et de la justice. Ceux qui ont tué doivent être poursuivis et punis.
***
La démocratie, ce n’est pas du consensus, c’est bien sûr du conflit, oui, mais du conflit organisé, verbalisé, institutionnalisé. Et non se battre dans la rue.
Nous refusons, depuis toujours, l’usage de la violence. Pour des raisons morales évidentes. Aucune vie humaine ne nous est étrangère. Nous ne sommes pas des humanistes intermittents, avec des principes moraux qui varient selon l’identité de la victime ou de l’agresseur.
Mais nous refusons aussi la violence pour des raisons politiques. Ce que nous cherchons par notre action : la masse, le nombre, les millions, le peuple, la majorité à convaincre, à mobiliser dans la rue et dans les urnes. Dès lors, la violence individuelle, ou groupusculaire, nous nuit : elle éloigne les gens, elle rend une force impopulaire, et sert finalement les intérêts des adversaires, qui agitent ça, toujours, comme un épouvantail, comme un repoussoir.
Comme l’écrivait Hannah Arendt : « La violence peut détruire le pouvoir ; elle est parfaitement incapable de le créer. » Rien de durable, de juste, de grand, ne naîtra des coups. Rien de juste ne sortira de la vengeance. Seule la loi, seule la République, peuvent nous tenir ensemble.