Pour désigner le gouvernement israélien, Jérôme Guedj dit "Jérusalem" et non Tel Aviv.
Or, à part Trump et quelques autres dirigeants d'extrême-droite, personne dans le monde - et certainement pas la diplomatie française - ne reconnaît Jérusalem comme capitale d'Israël.
Carnet de route, Jour 2 (Mardi 9 juin)
Yair Golan et les architectes du jour d'après
Téhéran et Jérusalem ont suspendu la litanie de leurs missiles, figeant l’escalade régionale dans une pause précaire. Cette journée marathon à Tel Aviv est dédiée à ceux qui tentent de dessiner l'horizon d'une paix possible. Malgré le 7-Octobre dont le traumatisme pèse sur la société israélienne. Malgré cette guerre meurtrière à Gaza et les pressions et exactions croissantes des colons en Cisjordanie.
À 8h00, la journée s'ouvre avec le charismatique Gilad Kariv, premier rabbin libéral élu à la Knesset. Ancien président de la commission des lois - « dans un pays sans Constitution », ironise-t-il -, il porte la voix de l’État de droit contre la dérive illibérale. Me questionnant sur ma visite de la veille à At-Tuwani, il dénonce l’impunité de la colonisation et appelle la gauche unifiée à assumer sans s'excuser son combat démocratique.
Le fil politique s'accélère ensuite. Je rencontre d'abord Tzipi Livni, ancienne ministre des affaires étrangères, voix centriste au magistère moral intact, qui m’interroge sur la France avant de marteler qu’aucune sécurité régionale ne tiendra si Israël nie toute perspective aux Palestiniens. Longs échanges sur le Liban. Puis, je me rends dans les bureaux de l'Initiative de Genève. Aux côtés d'Emilie Moatti, ancienne et je l’espere future députée, je retrouve Yossi Beilin, l'un des pères d'Oslo. Son organisation documente toujours minutieusement la viabilité technique d'un État palestinien (échanges de territoires, démantèlements des colonies…), plaidant pour une nouvelle conférence de Madrid. S'ensuit une parenthèse troublante avec Chemi Peres : la même voix rocailleuse que son père, Shimon, et une foi têtue dans l'innovation pour bâtir des ponts là où la politique échoue.
Mais le véritable centre de gravité de la journée se trouve au siège des Démocrates où je rencontre avec Yaïr Golan
Le général, ancien chef d’état-major adjoint, s'est imposé comme le héros pragmatique du 7 octobre en prenant seul sa voiture et ses armes pour sauver des civils sous le feu du Hamas. Aujourd'hui à la tête de la gauche unifiée, il sera incontestablement l'homme-clé de la future coalition de rupture. Sans emphase, avec la froide lucidité du militaire, il trace le chemin de crête : arrêt net de la colonisation, tolérance zéro et condamnations implacables contre les extrémistes juifs en Cisjordanie.
Pour Golan, le défi est existentiel. Et Il s'agit de « faire Nation » dans un pays dont le projet commun fait défaut J’évoque avec lui le Mamlachtiyut, concept forgé par Ben Gourion, l'équivalent de notre « esprit républicain » ou du « sens de l'État » : la primauté absolue du droit et de l'intérêt national sur les factions et le populisme. Mais aussi une forme de décence, de dignité dans l’exercice des responsabilités. Qui fait tant défaut. Avant de nous quitter, il me glisse ce message essentiel quand nous parlons des boycotts et rejets d’Israël: « Ne confondez pas le pays et son peuple avec son gouvernement ».
Je pense évidemment à l’ami Ofer Bronstein dont tant de
mes interlocuteurs m’ont parlé.
La journée s'achève à Kfar Kacem, ville arabe israélienne, auprès d'Esawi Frej, ancien ministre de gauche du gouvernement Bennett au franc-parler déroutant.
Une journée dense, sous les décombres de l'actualité, où respirent encore ceux qui refusent le fatalisme. I