Ce qui dérange profondément le musulman rigoriste chez l’athée, ce n’est ni l’athéisme, ni la morale, même pas la liberté. C’est l’humiliation symbolique de voir quelqu’un vivre sans avoir besoin de son système.
Car l’athée est un rappel vivant que toute cette architecture de contraintes, d’interdits, de prescriptions obsessionnelles, de surveillance permanente du corps, du désir et de la pensée… n’est pas une nécessité anthropologique. C’est un choix. Et pire, un choix discutable.
Le musulman rigoriste n’attaque pas l’athée parce qu’il serait dangereux. Il l’attaque parce qu’il est inutile au système, incontrôlable. Parce qu’il ne rentre dans aucune grille de pureté, de faute, de repentance. Il n’a pas besoin d’être ramené dans le rang, corrigé, ou infantilisé.
En réalité, ce que le rigoriste ne supporte pas, c’est l’individu qui échappe à la logique du troupeau. Celui qu’on ne peut ni faire culpabiliser, ni terroriser, ni tenir par la promesse d’un au-delà ou la menace d’un châtiment. Un homme qui ne vit pas sous tutelle spirituelle est une anomalie dangereuse pour toute idéologie totalisante.
Et c’est pour ça que le rigoriste moralise autant. Pas pour le bien, mais par panique face au vide. Car si l’athée peut exister sans règles révélées, sans obsession sexuelle et sans hiérarchie sacrée, alors tout l’édifice apparaît pour ce qu’il est : un système de domination maquillé en vertu.
Au fond, le musulman rigoriste ne déteste pas l’athée parce qu’il serait immoral. Il le déteste parce qu’il est ingouvernable. Parce qu’il prouve que l’homme peut vivre sans être dressé ou menacé.
Et rien n’est plus insupportable pour une idéologie autoritaire qu’un individu qui n’a pas besoin d’elle pour tenir debout.
Ce qui irrite profondément l’athée hédoniste dans la religion n’est ni la métaphysique, ni les rites, ni même Dieu. C’est avant tout l’obligation de devoir rendre des comptes.
Car la modernité a habitué l’individu à se croire souverain de lui-même. Et la religion le dérange parce qu’elle brise cette illusion, en rappelant qu’il existe une autorité morale supérieure aux désirs et à l’ego. Et en fin de compte, l’athée hédoniste ne rejette pas la morale en soi. Il rejette toute morale qui ne soit pas négociable, modulable selon ses envies et ses émotions.