La Chine lance des véhicules électriques plus vite que son ombre : ses constructeurs développent des modèles environ 30 % plus vite que les fabricants occidentaux, en remettant en cause les pratiques établies. Quelle est la recette du succès ?
Dans un renversement spectaculaire des usages du secteur, de nombreux constructeurs automobiles mondiaux cherchent aujourd’hui à apprendre de leurs rivaux chinois. Volkswagen s’associe désormais à des entreprises chinoises pour accélérer ses processus. Son directeur commercial pour la Chine a souligné qu’il fallait près de 4 ans à l’entreprise pour mettre un nouveau produit sur le marché, contre un peu plus de 2 ans et demi pour les fabricants locaux. Des constructeurs automobiles mondiaux, comme Ford et Nissan, sont désormais prêts à utiliser leurs usines chinoises pour fabriquer des voitures destinées à l’exportation dans le monde entier.
Traditionnellement, la fabrication de voitures à essence était un processus linéaire : de la conception à la fabrication en passant par l’ingénierie, chaque étape devait être achevée et validée avant la suivante. Alors qu’ils sont passés à la production de véhicules électriques intelligents pilotés par des logiciels, les constructeurs chinois réalisent désormais en parallèle de nombreuses étapes de développement.
Les entreprises chinoises de VE utilisent des logiciels de simulation pour créer des prototypes virtuels et effectuer plus rapidement des tests comprenant plusieurs itérations. Les pièces virtuelles et les maquettes peuvent être travaillées de façon partagée par les équipes et les prototypes imprimés en 3D permettent aux ingénieurs de passer par des boucles d’essais et d’erreurs plus rapidement. Il n’est pas nécessaire d’attendre que les pièces matérielles soient terminées pour développer les logiciels de conduite assistée et de contrôle du groupe motopropulseur.
JiYue, une marque de véhicules électriques créée par Geely et le géant chinois de la tech Baidu, peut ainsi terminer la conception d’un produit en 6 mois, indique pour sa part le directeur général Joe Xia. Il se rend au studio de conception presque chaque semaine, accompagné de représentants de tous les services : ventes, marketing, fabrication, développement des produits et logiciels. Toute modification d’une caractéristique de la conception peut être comprise par tous, de sorte qu’ils peuvent apporter les changements nécessaires, ajoute-t-il.
NIO, un temps surnommé le tueur chinois de Tesla, a révolutionné le moment où l’on considère qu’une voiture est prête à être commercialisée. Le jeune constructeur classe les premières versions de ses modèles dans la catégorie des « produits minimum viables ». Cela signifie qu’ils sont équipés de puces, de caméras et de capteurs plus avancés que ce que son logiciel peut prendre en charge à ce moment-là. Les ingénieurs continuent de développer la technologie et envoient ensuite par internet aux conducteurs des mises à jour qui exploitent les capacités inutilisées.
Lors de sa sortie en juin 2022, le SUV ES7 de NIO était ainsi équipé de 4 puces Nvidia Orin, mais seules 3 d’entre elles étaient utilisées. La quatrième puce a été activée l’année dernière pour augmenter la vitesse de calcul, de sorte que les feux tricolores apparaissent désormais sur l’écran de la voiture avec un compte à rebours en temps réel. Une autre mise à jour permet à la voiture d’envoyer une notification lorsqu’un feu passe au vert. La prochaine mise à jour de NIO permettra au véhicule de démarrer ou de s’arrêter automatiquement en fonction du feu de signalisation.
Les constructeurs automobiles mondiaux n’approuvent généralement pas de nouveaux fournisseurs sans un long processus de validation, expliquent les dirigeants du secteur. Les constructeurs chinois, eux, font appel à des fournisseurs dès la conception d’une voiture afin d’éviter les allers-retours ultérieurs. Dans le cas de BYD, le délai de livraison d’un fournisseur de moules japonais a été ramené à environ 6 mois, contre 1 an auparavant. BYD y est parvenu en impliquant des experts du fournisseur dans le processus de développement. Cela lui a permis d’obtenir des conseils sur le moulage dès le début de la phase de conception.
Les constructeurs automobiles chinois standardisent de plus en plus leurs modèles pour gagner du temps. Au-delà des plateformes mécaniques traditionnelles, ils uniformisent tout, depuis les logiciels importants jusqu’aux systèmes d’exploitation numériques des véhicules que les dirigeants comparent au centre névralgique des voitures intelligentes. L’année dernière, la start-up XPeng a lancé le pack SEPA2.0, qui combine des fonctionnalités telles que le système d’exploitation, le logiciel d’aide à la conduite et la conception du bloc-batterie, afin d’être utilisé sur tous les modèles. Ce qui raccourcit les cycles de recherche et de développement d’environ 20 %.
L’approche de XPeng a été rendue possible en partie parce que le constructeur développe ses propres logiciels en interne en même temps que le matériel des véhicules, explique Brian Gu, coprésident du constructeur. Les constructeurs occidentaux, eux, ont traditionnellement confié le développement des logiciels à des prestataires externes.
Sources :
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wsj.com/business/autos/how-c…
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lopinion.fr/economie/comment…