"Toute ma vie j’ai cherché Dieu. Toutes les choses que j’ai essayé de faire, toutes mes tentatives touchaient à l’idée de la communion des saints. J’ai cherché à adhérer à cette communion. Jeune, j’avais la foi, j’étais disponible. J’ai toujours pensé que je pourrai m’épanouir au sein d’un groupe fraternel. Mais au fur et à mesure du temps, j’ai compris que la réponse par rapport à Dieu ne venait pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. À ce moment-là, j’ai renoué avec la foi, elle est redevenue une nécessité pour moi.
Elle avait toujours été en bruit de fond. Mais dans la vie, on “laisse parler” ou on “ne laisse pas parler”… Dans cette mesure, je crois que tout le monde est croyant car tout le monde revendique sa dignité. Et pour moi, cette dignité touche à la présence du Christ qui est en nous.
Dans ma jeunesse j’étais abreuvé d’images de sauveteurs, de héros, comme Arthur Koestler, Eugène Jamot, Saint-Exupéry, Trotski ou encore Pasteur… Aujourd’hui, ce qui compte le plus, c’est de viser plus haut que les tentations tumultueuses et souvent boueuses de ce monde, il faut aller dans les pas de Jésus-Christ en pratiquant l’humilité. Du haut de mes 82 ans, alors que je ne le savais pas à l’époque, je vois qu’il m’est arrivé d’être le serviteur de la Providence. J’étais un instrument, une ressource que les gens trouvaient sur leur chemin. C’est une immense joie de comprendre que j’ai été façonné et aidé pour rendre service. Plus jeune, je pensais mener une aventure un peu grandiose, celle d’un médecin et d’un réanimateur, un aventurier sur les routes… Je croyais à l’époque à tous ces clichés ! Et finalement, plus profondément, il y avait une autre histoire qui se disait. C’est pour cela que je peux le dire maintenant, à mon âge, sans coquetterie. Je ne suis personne, je n’ai été, par moments, qu’un petit serviteur. Je peux le dire maintenant, à l’époque je ne pouvais pas le savoir… Dieu ne publie pas à l’avance ses stratégies !"
Xavier Emmanuelli