Je vous écris depuis la côte Sud de Koufonísi, îlot jouxtant le sud-est de la Crète, où les navires de la
#GlobalSumudFlotilla mouillent le temps de réorganiser nos équipages.
Ultime escale avant de reprendre la mer, pour aller briser, pacifiquement, le blocus d'
#Israel fauteur de famine à
#Gaza. Plusieurs d'entre nous ont saisi cette dernière opportunité de quitter la flotte — généralement parce qu'ils ont déjà lourdement dépassé le nombre de jours d'absence tolérable à leur poste de travail.
À bord de l'Aurora, aucune femme n'a voulu partir, mais deux hommes : Étienne, l'ébéniste français, et Joe, l'organisateur malaisien de pèlerinages à La Mecque. Ils ont en commun d'avoir été nommément moqués par la polémiste
@SophiaAram à l'antenne de France Inter, alors même que comme nous tous, ils ont risqué leurs vies pour que cesse ce blocus monstrueusement affameur d'hommes, de femmes et d'enfants. Ils ont en commun, aussi, de déjà énormément me manquer. Surtout Joe, mon camarade de chambrée à bord, qui m'a affectueusement rasé et tondu avant de partir tandis que nous échangions des "dad jokes" débiles (nous sommes tous les deux papas d'une petite fille).
À cela s'ajoute ce coup de tonnerre : les moteurs du navire amiral de la flotte, le Family, ont lâché tout soudain pendant la nuit. Il est vraisemblable que son équipage et ses passagers soient redéployés sur les bateaux valides au fil de la journée. Il en va de même pour ceux des bateaux les plus petits, coquilles de noix assurément pas taillées pour, appelons cela, "la dernière ligne droite".
J'ai pris mes nouvelles fonctions d'officier radio. J'aime, car cela demande de la concentration, du sang-froid, de la rigueur, et surtout, c'est un rôle de vigilance au service de toute mon équipe. Et puis, il est involontairement comique qu'un type qui a été chroniqueur radio en France, se retrouve officier radio d'un bateau.
Je vous embrasse.
Thomas Guénolé, à bord de l'Aurora,
26 septembre 2025 à la mi-journée.