Vous voulez que l'odieuse loi sur le flicage des réseaux sociaux ne passe pas chez nous comme en Australie et Angleterre ? C'est le moment d'agir. Et c'est pas bien compliqué : personnalisez et écrivez le courrier suivant à votre député de secteur.
Objet : Votre vote sur la proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de quinze ans
Monsieur le Député,
Je m'adresse à vous en tant qu'électeur de votre circonscription, et, je le précise d'emblée, en tant qu'électeur qui a porté son suffrage sur votre nom lors de la dernière élection. C'est précisément parce que je vous ai confié ma voix que je me permets de vous écrire avec franchise au sujet de la proposition de loi prétendant interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de quinze ans, adoptée en première lecture et désormais engagée dans la navette parlementaire.
Je vous demande de voter contre ce texte. Permettez-moi de vous dire pourquoi.
Le prétexte affiché, « protéger nos enfants », est de ceux que personne n'ose contester, et c'est exactement ce qui le rend dangereux. On ne légifère pas sereinement sous l'empire d'un argument auquel toute objection vaut accusation. Car derrière l'âge de quinze ans se cache un dispositif d'une tout autre nature : pour empêcher un mineur d'accéder à une plateforme, il faut vérifier l'âge, donc l'identité, de l'ensemble des utilisateurs, mineurs comme adultes. C'est l'instauration, par la bande, d'une identification généralisée des citoyens sur Internet. On nous vend une barrière à l'entrée d'une cour d'école, on installe un poste de contrôle à l'échelle de la nation.
Le caractère fallacieux du texte tient aussi à ce qu'il abandonne à l'ARCOM le soin de dresser et de faire évoluer la liste des services concernés. Autrement dit, le périmètre de ce qui sera permis ou interdit ne relèvera plus du débat parlementaire, mais d'une autorité administrative dont la main pourra demain s'étendre bien au-delà des plateformes initialement visées. C'est un blanc-seing donné au pouvoir de contrôler ce que les Français consultent.
Quant à l'efficacité, l'exemple australien devrait nous instruire. Là où l'interdiction est déjà en vigueur, plus de 60 % des mineurs concernés continuent d'accéder aux plateformes, en recourant notamment à un VPN qui suffit à effacer toute frontière. On échoue donc sur l'objectif, puisque les adolescents que l'on prétend protéger ne le sont pas, et l'on réussit sur l'intrusion, puisque l'architecture de surveillance, elle, demeure. Le pire des deux mondes.
Il existe pourtant une alternative raisonnable, et c'est elle qui révèle l'hypocrisie du texte. Plutôt que de soumettre soixante-sept millions de Français à un contrôle d'identité permanent, l'État pourrait mettre à la disposition des familles un outil simple à installer sur les ordinateurs de leurs enfants, capable de bloquer l'accès à ces sites. La protection serait réelle, ciblée, et laissée à ceux à qui elle revient : les parents. Que le législateur préfère interdire à tous plutôt qu'outiller chacun en dit long sur ses intentions véritables.
Car ce texte est aussi une insulte aux familles. Il proclame, en creux, que les parents seraient incapables d'élever leurs enfants et qu'il revient à l'État de se substituer à eux. En les déchargeant de ce devoir, l'État ne protège pas l'enfant, il infantilise l'adulte, dissout la responsabilité du foyer et habitue chacun à attendre du pouvoir qu'il pense et décide à sa place. Une société qui confie au législateur l'éducation de ses enfants n'a pas réglé un problème, elle a renoncé à une liberté.
Vous étiez, je le crois, un homme attaché à la liberté. On vous propose aujourd'hui de voter l'une des lois les plus liberticides jamais présentées au Parlement, drapée dans les habits de la bienveillance. Ne vous y trompez pas, et ne nous y trompez pas.
Je veux être clair, Monsieur le Député, car la représentation nationale n'a de sens que si elle représente effectivement. Si vous votez ce texte, je ne m'estimerai plus représenté par vous, et je porterai ma voix sur votre concurrent à la prochaine échéance. Si, au contraire, vous votez contre, vous aurez non seulement ma voix, mais mon soutien et celui de tous mes proches.
Le choix vous appartient. Le mien suivra le vôtre.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Député, l'expression de ma considération attentive.
[Prénom NOM]
[Adresse, commune de la circonscription]
[Date]