Nous savons que cette question est sensible. Beaucoup de Français n'ont pas de passeport et peuvent avoir le sentiment d'être exclus du système. Il faut donc dire les choses clairement : ce choix n'est ni idéologique, ni social. C'est un choix technique, pragmatique et provisoire.
Notre technologie ne fonctionne pas avec une liste électorale centrale. Elle repose sur un document d'identité permettant de garantir qu'une personne ne vote qu'une seule fois, tout en restant anonyme. Or il n'est pas possible, aujourd'hui, de permettre simultanément le vote par passeport ET par carte d'identité sans prendre le risque de doubles votes pour une même personne. Il fallait donc choisir une base unique pour démarrer.
Nous avons choisi le passeport biométrique parce qu'il existe aujourd'hui beaucoup plus de passeports compatibles que de cartes d'identité biométriques réellement exploitables. Les passeports biométriques français existent depuis de nombreuses années et circulent massivement. Les nouvelles cartes d'identité biométriques, elles, sont beaucoup plus récentes et beaucoup moins répandues.
Mais surtout, les passeports reposent sur un standard international extrêmement stable. Un passeport français doit pouvoir être lu partout dans le monde : dans les aéroports, aux frontières, sur des systèmes internationaux très différents. Les normes techniques utilisées sont donc homogènes, documentées et robustes.
Les cartes d'identité françaises, en revanche, posent aujourd'hui de vrais problèmes de compatibilité technique. Pendant le développement, nous avons constaté que certaines cartes fonctionnaient correctement… et d'autres non. Il semble exister plusieurs variantes de puces et de comportements techniques, sans documentation publique suffisamment claire pour garantir une compatibilité fiable à grande échelle. Concrètement, nous avancions dans le noir.
Nous avons donc fait un choix de robustesse et de rapidité : lancer un système imparfait mais capable de fonctionner immédiatement pour des millions de Français, plutôt que repousser indéfiniment le projet en attendant une solution idéale.
Cela ne signifie pas que nous ignorons ceux qui n'ont pas de passeport. Au contraire. Nous savons qu'une partie des citoyens les plus modestes utilisent davantage la carte d'identité que le passeport. C'est précisément pour cette raison que nous travaillons déjà à des solutions plus inclusives pour les prochaines versions.