🇫🇷 16 juin 1946 - 16 juin 2026
80e ANNIVERSAIRE DU DISCOURS DE BAYEUX PRÉCISANT LA CONCEPTION GAULLIENNE DE L'ÉTAT
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Charles de Gaulle prononça 2 discours dans la ville de Bayeux (Calvados), 1re sous-préfecture métropolitaine à avoir été libérée par les Anglo-Américains (le 7 juin 1944) :
1️⃣ 14 juin 1944
Ce fut la première prise de parole publique de de Gaulle sur le sol métropolitain lors de la Libération.
Il la prononça 8 jours après le débarquement de Normandie, dont il avait été exclu par Roosevelt qui voulait placer la France sous commandement militaire🇺🇸.
On appelle habituellement ce 1er discours «Visite à Bayeux» pour le distinguer du second.
2️⃣ 16 juin 1946
Revenant à titre symbolique sur la place de Bayeux où il avait pris la parole 2 ans avant, de Gaulle prononça ce nouveau discours à un moment bien précis :
▪️APRÈS
1- sa démission de la présidence du gouvernement, le 20 janvier 1946, pour protester contre la nouvelle Constitution en cours d'élaboration par la première Constituante, dont il déplorait qu'elle allait rétablir le néfaste «régime des partis»
2- ce projet de nouvelle Constitution publié le 19 avril 1946
3- le rejet de ce projet par le référendum du 5 mai 1946.
▪️MAIS AVANT
1- la réunion d'une 2e Constituante chargée d'élaborer un 2e projet de Constitution
2- l'adoption de ce 2e projet par le référendum du 13 octobre 1946, qui devint alors la Constitution de la IVe République.
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De Gaulle profita donc de ce vide institutionnel (entre le 5 mai et le 13 octobre 1946) pour prononcer le 16 juin un discours bref (11 minutes), mais très important dans son contenu.
Il y précisa en effet le cadre global des futures institutions qui devait être créé, selon lui, pour
-rétablir l'autorité de l’État
-garantir la solidité du régime
-préserver la liberté du peuple
-assurer l'indépendance et la grandeur de la France.
Par ce qui est simplement appelé «Discours de Bayeux», de Gaulle espérait influencer les travaux de la 2e Constituante, en exposant ses principales idées constitutionnelles, restées jusque-là assez floues.
Si l'on met de côté les développements sur le futur de l'empire colonial français qui tombèrent ensuite en désuétude, il faut retenir ses principales propositions suivantes :
🇫🇷 le Parlement doit être composé de DEUX CHAMBRES exerçant le pouvoir législatif : les députés étant politiques, les sénateurs étant plus techniques
🇫🇷 le chef de l’État DOIT ÊTRE UN ARBITRE AU-DESSUS DES PARTIS
🇫🇷 le président NOMME LE PREMIER MINISTRE ET LES MINISTRES
🇫🇷 le président PREND DES DÉCRETS, promulgue la loi et préside le Conseil des ministres
🇫🇷 le président est le GARANT DE L'INDÉPENDANCE NATIONALE
🇫🇷 le président NÉGOCIE LES TRAITÉS et est le GARANT DE LEUR RESPECT.
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Ces propositions visant à établir un RÉGIME SEMI-PRÉSIDENTIEL (le gouvernement restant responsable devant l'Assemblée) furent vivement critiquées par la gauche, qui en dénonça le caractère bonapartiste et plébiscitaire.
Elles ne furent pas du tout reprises dans la nouvelle Constitution de la IVe République.
De Gaulle quitta alors la scène politique pour entamer une «traversée du désert» qui allait durer 12 ans, jusqu'en mai 1958.
Mais lorsque les institutions de la IVe République montrèrent toute leur nocivité alors que se nouait le drame algérien, une grande partie de la France se tourna vers «le plus célèbre des Français» pour redresser le pays qui sombrait dans la catastrophe.
Ce que fit de Gaulle avec la Ve RÉPUBLIQUE, ADOPTÉE par référendum le 28 septembre 1958 à une MAJORITÉ ÉCRASANTE DE 82,6% et avec une très faible abstention (15,6%).
Promulguée le 4 octobre 1958, la Constitution reprit les grandes lignes du Discours de Bayeux du 16 juin 1946, ce qui en fit rétrospectivement l'un des plus importants discours du général de Gaulle.
⚠️ EN 2026, LE DISCOURS DE BAYEUX FRAPPE
- par son actualité
- et par les similitudes qu’on peut établir entre les Français libres des années 40 et les partisans de l’UPR aujourd’hui.
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🇲🇫 16 juin 1946, discours du Général de Gaulle à Bayeux : « Dans notre Normandie, glorieuse et mutilée, Bayeux et ses environs furent témoins d'un des plus grands événements de l'histoire. Nous attestons qu'ils en furent dignes. C'est ici que, quatre années après le désastre initial de la France et des Alliés, débuta la victoire finale des Alliés et de la France, c'est ici que l'effort de ceux qui n'avaient jamais cédé et autour desquels s'était, à partir du 18 juin 1940, rassemblé l'instinct national et réformée la puissance française, tira des événements sa décisive justification.
En même temps, c'est ici que, sur le sol des ancêtres, réapparut l'État. L'État légitime, parce qu'il reposait sur l'intérêt et le sentiment de la nation ; l'État dont la souveraineté réelle avait été transportée du côté de la guerre, de la liberté, de la victoire, tandis que la servitude n'en gardait que l'apparence ; l'État sauvegardé dans ses droits, sa dignité, son autorité, au milieu des vicissitudes, du dénuement et de l'intrigue ; l'État préservé des ingérences de l'étranger ; l'État capable de rétablir autour de lui l'unité nationale et l'unité impériale, d'assembler toutes les forces de la patrie et de l'Union française, de porter la victoire à son terme, en commun avec les Alliés, de traiter d'égal à égal avec les autres grandes nations du monde, de préserver l'ordre public, de faire rendre la justice et de commencer notre reconstruction.
Si cette grande œuvre fut réalisée en dehors du cadre antérieur de nos institutions, c'est parce que celles-ci n'avaient pas répondu aux nécessités nationales et qu'elles avaient d'elles-mêmes abdiqué dans la tourmente. Le salut devait venir d'ailleurs.
Il vint d'abord d'une élite, spontanément jaillie des profondeurs de la nation et qui, bien au-dessus de toute préoccupation de parti ou de classe, se dévoua au combat pour la libération, la grandeur et la rénovation de la France.
Sentiment de sa supériorité morale, conscience d'exercer une sorte de sacerdoce du sacrifice et de l'exemple, passion du risque et de l'entreprise, mépris des agitations, prétentions, surenchères, confiance souveraine en la force et en la ruse de sa puissante conjuration aussi bien qu'en la victoire et l'avenir de la patrie, telle fut la psychologie de cette élite partie de rien et qui, malgré de lourdes pertes, devait entraîner derrière elle tout l'Empire et toute la France.
Elle n'y eût point cependant réussi sans l'assentiment de l'immense masse française. Celle-ci, en effet, dans sa volonté instinctive de survivre et de triompher n'avait jamais vu dans le désastre de 1940 qu'une péripétie de la guerre mondiale où la France servait d'avant-garde. Si beaucoup se plièrent, par force, aux circonstances, le nombre de ceux qui les acceptèrent dans leur esprit et dans leur cœur fut littéralement infime. Jamais la France ne crut que l'ennemi ne fût point l'ennemi et que le salut fût ailleurs que du côté des armes de la liberté. A mesure que se déchiraient les voiles, le sentiment profond du pays se faisait jour dans sa réalité.
Partout où paraissait la croix de Lorraine s'écroulait l'échafaudage d'une autorité qui n'était que fictive, bien qu'elle fût, en apparence, constitutionnellement fondée. Tant il est vrai que les pouvoirs publics ne valent en fait et en droit que s'ils s'accordent avec les intérêts supérieurs du pays, s'ils reposent sur l'adhésion confiante des citoyens. En matière d'institutions, bâtir sur autre chose, ce serait bâtir sur du sable. Ce serait risquer de voir l'édifice crouler une fois de plus à l'occasion d'une de ces crises auxquelles, par la nature des choses, notre pays se trouve si souvent exposé.