đ«đ· 30 septembre 1960, le GĂ©nĂ©ral de Gaulle adresse Ă Michel DebrĂ©, Premier ministre, une lettre avec ses directives sur la politique europĂ©enne de la France :
« 1. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, je pense quâil faut, en ce moment, temporiser plutĂŽt que sâĂ©lancer. Nous avons pris nos positions. Il est normal - mĂȘme si câest regrettable - que nos partenaires rĂ©agissent Ă leur maniĂšre Ă cet Ă©gard. Ne nous en impressionnons pas. LâEurope par coopĂ©ration est, dĂ©sormais, lancĂ©e. LâEurope de lâintĂ©gration ne peut sây rĂ©signer aussitĂŽt et sans transitions. Mais gardons-nous de jeter maintenant de lâhuile sur le feu qui est allumĂ©. Pour le moment, tenons-nous-en au foyer, plutĂŽt que de tenter un brasier.
2. Il en est de mĂȘme pour ce qui concerne lâorganisation de l'Alliance atlantique. Il est trĂšs explicable que lâAllemagne, notamment, soit mal disposĂ©e au dĂ©part Ă lâĂ©gard dâune rĂ©forme qui dĂ©plairait aux AmĂ©ricains. Comme pour elle, la question de la refonte de lâalliance ne pourrait se poser pratiquement quâĂ la suite dâun commencement de construction politique de lâEurope, ce nâest pas la peine de lâagiter, de la troubler avec cette affaire dĂšs Ă prĂ©sent. Je regrette, pour ma part, dâen avoir parlĂ© naguĂšre aussi franchement que je lâai fait au chancelier Adenauer. Je le croyais plus vraiment europĂ©en que, sans doute, il ne lâest en rĂ©alitĂ©. DĂšs lors, sans revenir sur ce que nous avons dit, laissons entendre que, pour le moment, le problĂšme nâest pas aigu.
3. Quant aux diverses CommunautĂ©s, nâayons pas lâair de nous en prendre directement Ă elles, non plus quâaux traitĂ©s qui les ont instituĂ©es. Si nous parvenons Ă faire naĂźtre lâEurope de la coopĂ©ration des Etats, les CommunautĂ©s seront ipso facto mises Ă leur place. Câest seulement si nous ne parvenions pas Ă faire naĂźtre lâEurope politique que nous en viendrions Ă nous en prendre directement aux premiers fruits de lâintĂ©gration.
4. Par-dessus tout, donnons lâimpression dâĂȘtre sereins, assurĂ©s et objectifs, non point menaçants et rĂ©criminateurs. Mais marquons bien, dâautre part, que nous avons une politique et que, compte tenu des circonstances et des moments, nous nâen ferons pas dâautre que la nĂŽtre. »